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  • Vivino et la bataille des applis de notation — qui possède vraiment la donnée œnologique ?

    Vivino et la bataille des applis de notation — qui possède vraiment la donnée œnologique ?

    ⏱️ Temps de lecture : 7 minutes

    Il y a quelque chose d’étrange à sortir son téléphone devant une bouteille de vin. Un geste banal pour soixante millions d’utilisateurs — et pourtant, ce geste pose une question que peu de monde formule : qui, au fond, possède l’avis que vous venez de laisser ?

    Nous avons pris l’habitude de scanner les étiquettes, de noter les vins entre deux bouchées, de suivre les recommandations d’un algorithme qui nous connaît mieux que notre caviste. Vivino s’est glissé dans nos soirées avec une discrétion remarquable, jusqu’à devenir une infrastructure invisible du goût. Derrière cette simplicité se cache pourtant une réalité plus complexe : une bataille silencieuse pour la possession de la donnée œnologique mondiale. Qui note, qui collecte, qui monétise, qui décide ? La question n’est pas seulement économique. Elle touche à ce que nous pensons être l’expertise, la confiance, et la mémoire du vin.

    UN DANOIS QUI NE CONNAISSAIT RIEN AU VIN A BÂTI LA PLUS GRANDE BASE DE DONNÉES ŒNOLOGIQUE DU MONDE

    L’empire du scan

    Heini Zachariassen ne comprenait pas le vin. Entrepreneur féroïen venu de la cybersécurité, il raconte souvent ce moment fondateur : se retrouver perdu devant un rayon de supermarché, incapable de choisir entre une étiquette élégante et une autre. « Je ne savais pas quoi acheter. Il n’y avait que des labels sophistiqués et des prix. » En 2010, avec Theis Søndergaard, il co-fonde Vivino à Copenhague. L’idée tient en une ligne : photographier une étiquette pour obtenir instantanément des avis de la communauté. Un Shazam du vin.

    Capture d'écran de l'interface de scan de l'application Vivino
    Le geste devenu universel : scanner avant de choisir.

    Quatorze ans plus tard, l’application affiche plus de 60 millions de téléchargements, une base de données de 16 millions de vins référencés, 200 millions de notes et 1,5 milliard de photos d’étiquettes collectées par ses utilisateurs. Vivino est aujourd’hui considérée comme la plus grande place de marché de vin en ligne au monde — et la plus grande base de données œnologique jamais construite, alimentée gratuitement par sa propre communauté. La société a levé plus de 220 millions de dollars en capital-risque, dont 155 millions lors d’un tour de table mené par le fonds suédois Kinnevik en 2021.

    « Personne d’autre ne peut faire ce que nous faisons, parce que personne d’autre n’a accès au type de données que nous possédons. »

    Heini Zachariassen, fondateur de Vivino, à l’ouverture de la première boutique physique de Singapour, septembre 2024

    VOUS ÊTES L’UTILISATEUR, LA COMMUNAUTÉ — ET LA MATIÈRE PREMIÈRE

    La question que personne ne pose

    Gros plan sur des étiquettes de bouteilles de vin alignées en rayon
    © Unsplash — Derrière chaque étiquette scannée, une donnée qui rejoint une base propriétaire.

    Chaque note que vous laissez, chaque bouteille que vous scannez, chaque préférence que vous exprimez : tout cela nourrit une base de données propriétaire, détenue par une société privée, financée par du capital-risque. Vous êtes à la fois le client, le contributeur et la ressource. Ce n’est pas une critique en soi — Wikipedia fonctionne sur un modèle comparable. Mais la différence essentielle est que Vivino monétise cette contribution.

    L’algorithme de recommandation, la fonctionnalité « Match for You » qui calcule votre affinité personnelle avec un vin selon votre historique de dégustations, le Sommelier IA récemment lancé — tout repose sur les données que les utilisateurs ont générées sans rémunération. En 2024, Vivino a ouvert sa première boutique physique à Singapour, dont la sélection a été entièrement construite à partir des données comportementales de ses utilisateurs locaux. Comme le dit Zachariassen lui-même : « Personne d’autre ne peut faire ça. »

    La question de la propriété de la donnée prend une dimension encore plus aiguë pour les vignerons. Un producteur peut se retrouver noté par des milliers d’utilisateurs sans avoir été consulté, sans accès à ces notes agrégées, et sans aucun levier pour influencer son score — sinon convaincre ses acheteurs de télécharger l’application et d’y laisser une bonne évaluation. Sur wineandtech.fr, nous avons déjà exploré comment la blockchain peut restituer de la traçabilité et du pouvoir aux producteurs — la notation participative pose un problème symétrique, mais inverse : c’est la donnée de consommation qui échappe à ceux qui font le vin.

    « Si un vin passe sous 4 étoiles sur Vivino, les gens ne lui donnent plus une chance. Peu importe ce que dit votre guide de référence ou votre caviste. »

    Un importateur français, dans les milieux du négoce bordelais

    LA FOULE CONTRE L’EXPERT : UNE BATAILLE QUI REDESSINE L’AUTORITÉ DANS LE MONDE DU VIN

    Deux cents millions de notes contre cinq palais reconnus

    La critique traditionnelle du vin repose sur un modèle aristocratique : quelques palais formés pendant des décennies définissent ce qui mérite d’être bu. Robert Parker, Wine Spectator, Jancis Robinson, Decanter — ces institutions notent peut-être 20 000 à 30 000 vins par an. Vivino en traite deux millions de scans par jour. L’argument de l’échelle est réel. Un Riesling polonais ou un vin anglais émergent peuvent accumuler des centaines d’évaluations sur Vivino avant qu’un critique spécialisé ne les ait jamais approchés.

    Dégustation professionnelle de vin, verres alignés sur table blanche
    © Unsplash — La dégustation professionnelle face au verdict de la foule connectée.

    Mais les limites du système sont tout aussi réelles. Une note Vivino pèse le même poids sur le palais d’un débutant qui n’a bu que des vins sucrés et sur celui d’un amateur aguerri qui déguste depuis vingt ans. L’algorithme favorise les vins plaisants immédiatement — ronds, accessibles, généreux en fruits — au détriment des vins de garde, souvent austères dans leur jeunesse et qui révèlent leur grandeur après dix ans en cave. Un Barolo ou un Chablis premier cru seront mécaniquement pénalisés s’ils sont ouverts trop tôt. C’est un biais structurel que la foule, par sa nature même, ne peut pas corriger.

    VIVINO, CELLARTRACKER, WINE-SEARCHER : TROIS PHILOSOPHIES DE LA DONNÉE, TROIS VISIONS DU VIN

    L’écosystème des challengers

    Cave à vin avec tablettes numériques de gestion d'inventaire
    © Unsplash — Gérer sa cave, c’est aussi choisir à qui confier ses données.

    CellarTracker, fondé en 2003, incarne une philosophie radicalement différente. Notes techniques détaillées, contributions de collectionneurs sérieux, fiches de millésimes documentées sur des décennies — c’est le Wikipédia du vin, profond plutôt que large. Son modèle quasi-collaboratif laisse les données accessibles à la communauté sans les monétiser de la même façon. Wine-Searcher joue une partition différente encore : moteur de prix mondial, il couvre neuf millions de vins et les disponibilités chez des milliers de marchands. La donnée n’est pas affective ici, elle est transactionnelle.

    Delectable, racheté par le groupe Vinous du critique Antonio Galloni, mise sur la qualité des notes plutôt que leur quantité, avec une communauté de sommeliers et de critiques reconnus. En France, des applications comme Wine Advisor (E.Leclerc) ou Raisin (spécialiste des vins naturels) cherchent leurs créneaux sur des angles que Vivino ne couvre pas. Chacun de ces acteurs aspire à devenir la couche d’infrastructure de la décision œnologique — mais aucun n’a encore la taille critique de Vivino.

    L’avantage est auto-renforçant : plus il y a d’utilisateurs, plus la base est précise ; plus la base est précise, plus elle attire d’utilisateurs. C’est ce que les économistes de plateforme appellent un data moat — un fossé de données quasi-infranchissable. Avec 2 millions de scans quotidiens, Vivino est cinquante fois plus grand que son plus proche concurrent sur ce segment, selon Zachariassen lui-même.

    LE SOMMELIER ARTIFICIEL NE REMPLACERA PAS LE VIGNERON — MAIS IL A DÉJÀ CHANGÉ L’ACHETEUR

    L’IA s’invite dans la cave

    Vivino a récemment lancé son AI Sommelier — un assistant conversationnel qui connaît votre historique de scans, vos notes, vos préférences, et répond à des questions en langage naturel. Il sait que vous avez aimé trois Pinot Noirs de Bourgogne et qu’un Champagne très dosé ne vous convainc pas. Sur iPhone 16, l’intégration avec Apple Visual Intelligence permet même de scanner une étiquette directement via le bouton Camera Control, sans ouvrir l’application — les données Vivino fonctionnant en arrière-plan.

    Interface d'intelligence artificielle sur smartphone appliquée au vin
    © Unsplash — L’IA sommelier : votre palais numérisé, au service d’un algorithme propriétaire.

    Cette évolution n’est pas neutre. Elle implique que la donnée œnologique que vous produisez — vos goûts, vos achats, votre palais personnel — est désormais un actif commercial de première importance, affiné en temps réel par l’intelligence artificielle. Nous avons exploré dans notre article sur les drones et l’IA en viticulture comment la technologie transforme le côté production du vin ; Vivino opère la même transformation côté consommation, avec le même instrument — la donnée — mais entre des mains très différentes.

    Vivino a indéniablement démocratisé l’accès à l’information sur le vin. Elle a donné une voix à des millions d’amateurs qui n’en avaient pas, mis en lumière des régions ignorées par la presse spécialisée, et rendu le choix d’une bouteille moins intimidant. Mais en consolidant cette information dans une architecture propriétaire, elle a aussi centralisé un pouvoir qui était autrefois diffus : le pouvoir de décider ce qui mérite d’être bu — et ce qui ne le mérite pas.

    Vous utilisez Vivino ou une autre application pour choisir vos vins ? Faites-vous encore confiance à votre palais — ou avez-vous délégué cette décision à votre téléphone ? Partagez votre expérience en commentaires.

    Sources : Wikipédia — Vivino · A+ Singapore — Interview Heini Zachariassen (2024) · Locals Insider — Vivino App Review (2026) · The Drinks Business — Vivino and the future of wine retail · InVintory — Best Wine Apps 2026 · Petit Vin Entre Copains — Comparatif applis notation vin · SommelierX — Alternatives à Vivino (2026)

  • Blockchain dans l’Industrie Viticole : Traçabilité, Authenticité et Gestion des Stocks

    Blockchain dans l’Industrie Viticole : Traçabilité, Authenticité et Gestion des Stocks

    Blockchain in the Wine Industry: Traceability, Authenticity, and Inventory Management

    Une Blockchain est comme « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible
    A Blockchain is like a ‘very large ledger, which everyone can read freely and for free, on which everyone can write, but which is impossible to erase and indestructible.

    Jean-Paul Delahaye – Mathématicien

    Un peu de définition pour commencer : c’est en 2008, juste avant l’apparition du Bitcoin, que la première « Blockchain » voit le jour, notamment pour accélérer le développement des cryptomonnaies. Cette technologie de stockage et de transmission d’informations, sous forme de « chaîne de blocs », est réputée pour offrir une traçabilité sécurisée des transactions.

    A bit of definition to start with: it was in 2008, just before the emergence of Bitcoin, that the first ‘Blockchain’ came into existence, primarily to accelerate the development of cryptocurrencies. This technology for storing and transmitting information, in the form of a ‘chain of blocks,’ is known for providing secure traceability of transactions.

    Le choix du nom « Blockchain » s’explique par le fait que les transactions entre les utilisateurs connectés en réseau sont regroupées par blocs. Le partage des données s’effectue rapidement et sans intermédiaire.

    The choice of the name ‘Blockchain’ is explained by the fact that transactions between network-connected users are grouped into blocks. Data sharing occurs quickly and without intermediaries.

    Source : Bercy Entreprises Infos

    C’est très bien tout ça mais comment cette technologie blockchain peut transformer l’industrie viticole. Voici quelques points clés sur son utilisation :

    That’s all well and good, but how can blockchain technology transform the wine industry? Here are some key points on its usage:

    Traçabilité et transparence – Traceability and transparency:

    La blockchain permet de suivre chaque étape de la production du vin, de la vigne à la bouteille. Les informations telles que le cépage, l’emplacement géographique, les méthodes de culture et les dates de récolte peuvent être enregistrées de manière sécurisée et immuable. Cela permet aux consommateurs de vérifier l’authenticité et la qualité du vin qu’ils achètent en scannant un QR code sur la bouteille ou d’une etiquette RFID

    Blockchain allows for tracking every step of wine production, from the vineyard to the bottle. Information such as grape variety, geographic location, cultivation methods, and harvest dates can be securely and immutably recorded. This enables consumers to verify the authenticity and quality of the wine they purchase by scanning a QR code on the bottle or an RFID tag.

    Lutte contre la contrefaçonFight against counterfeiting :

    La contrefaçon est un problème majeur dans l’industrie du vin, surtout pour les grands crus. En utilisant des technologies comme les puces RFID ou NFC combinées à la blockchain, chaque bouteille peut être authentifiée de manière unique. Cela réduit considérablement le risque de contrefaçon et assure aux consommateurs qu’ils achètent un produit authentique.

    Counterfeiting is a major problem in the wine industry, especially for fine wines. By using technologies such as RFID or NFC chips combined with blockchain, each bottle can be uniquely authenticated. This significantly reduces the risk of counterfeiting and ensures that consumers are purchasing an authentic product.

    Les étiquettes RFID peuvent aider à authentifier les bouteilles de vin, réduisant ainsi le risque de contrefaçon. Les consommateurs peuvent scanner l’étiquette pour vérifier l’authenticité du produit.

    RFID tags can help authenticate wine bottles, thus reducing the risk of counterfeiting. Consumers can scan the tag to verify the authenticity of the product.

    Gestion des stocksInventory management :

    Les producteurs et les distributeurs peuvent utiliser des lecteurs RFID pour surveiller les stocks en temps réel. Cela permet de réduire les erreurs de gestion et d’optimiser les processus logistiques.

    Les étiquettes RFID peuvent également inclure des capteurs pour surveiller les conditions de stockage, comme la température et l’humidité, assurant ainsi que le vin est conservé dans des conditions optimales.

    Producers and distributors can use RFID readers to monitor inventory in real-time. This helps reduce management errors and optimize logistical processes.

    RFID tags can also include sensors to monitor storage conditions, such as temperature and humidity, ensuring that the wine is kept in optimal conditions.

    Tokenisation et NFT :

    La blockchain permet également la tokenisation des vins, où chaque bouteille peut être représentée par un jeton numérique (NFT). Cela ouvre de nouvelles possibilités pour la vente et la collection de vins, permettant aux consommateurs d’acheter, vendre et échanger des vins de manière sécurisée et transparente.

    Blockchain also enables the tokenization of wines, where each bottle can be represented by a digital token (NFT). This opens up new possibilities for the sale and collection of wines, allowing consumers to buy, sell, and trade wines in a secure and transparent manner.

    Voici un exemple concret d’utilisation de NFT dans le domaine viticole :

    Château Angélus, un prestigieux domaine viticole de Bordeaux, a lancé une série limitée de bouteilles de vin associées à des NFT. Chaque NFT représente une bouteille unique de leur millésime 2020. Ces NFT garantissent l’authenticité et la provenance de chaque bouteille, offrant aux acheteurs une preuve immuable de l’origine du vin.

    Les acheteurs peuvent également accéder à des contenus exclusifs, comme des visites virtuelles du domaine, des vidéos sur le processus de vinification, et des invitations à des événements privés. Cela crée une expérience immersive et interactive pour les collectionneurs et les amateurs de vin.

    Here is a concrete example of the use of NFTs in the wine industry :

    Château Angélus, a prestigious Bordeaux wine estate, has launched a limited series of wine bottles associated with NFTs. Each NFT represents a unique bottle of their 2020 vintage. These NFTs guarantee the authenticity and provenance of each bottle, providing buyers with immutable proof of the wine’s origin.

    Buyers can also access exclusive content, such as virtual tours of the estate, videos on the winemaking process, and invitations to private events. This creates an immersive and interactive experience for collectors and wine enthusiasts.

    Optimisation de la chaîne d’approvisionnement – Supply chain optimization:

    En intégrant la blockchain dans la chaîne d’approvisionnement, les producteurs peuvent améliorer l’efficacité et la rentabilité de leurs opérations. Les données sur la production, le transport et la distribution peuvent être partagées de manière sécurisée entre tous les acteurs de la chaîne, réduisant ainsi les erreurs et les fraudes.

    By integrating blockchain into the supply chain, producers can improve the efficiency and profitability of their operations. Data on production, transportation, and distribution can be securely shared among all actors in the chain, thereby reducing errors and fraud.