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  • El viñedo español de mañana: clima, viticultura ecológica y vinos naturales

    El viñedo español de mañana: clima, viticultura ecológica y vinos naturales

    🇫🇷+🇪🇸 Série · La Trinité Viticole · Article 15/15 · Espagne — français et español sur cette page · ⏱ 5 min

    Trois pays, quinze articles, une série qui se termine. Ce que l’Espagne aura apporté à La Trinité Viticole : une leçon sur les vieilles vignes, les familles qui résistent, les terroirs qu’on croyait épuisés et qui se révèlent. Et maintenant, une question : où va le vignoble espagnol ?

    🇰 Ce qu’on retient

    L’Espagne a la réputation d’être un vignoble facile à résumer. Rioja, Tempranillo, Albariño : trois noms suffisent, paraît-il.

    Cette série aura montré le contraire. L’Espagne est le pays où l’on trouve encore des vignes centenaires non greffées sur des terroirs volcaniques ou granitiques que personne ne connaissait il y a vingt ans. Le pays où des familles défendent depuis quatre ou cinq générations des cépages que le reste du monde a oubliés. Le pays où les travaux viticoles les plus intéressants se font souvent sans budget, dans des régions qui n’ont pas encore de nom international.

    Priorat, Ribeira Sacra, Sierra de Gredos, les Canaries, Txakoli : des lieux qui ne figuraient pas sur les cartes mondiales du vin il y a trente ans et qui y occupent aujourd’hui une place reconnue.

    🌡️ Le réchauffement climatique : le défi le plus aigu d’Europe

    L’Espagne figure parmi les pays européens les plus exposés aux effets du réchauffement climatique. Ce n’est pas une opinion : les projections scientifiques montrent une aggravation des épisodes de chaleur, de sécheresse et de stress hydrique dans la péninsule Ibérique. Dans certaines zones très chaudes de La Mancha, du Levant ou d’Estrémadure, les fortes maturités peuvent conduire à des degrés alcooliques naturellement très élevés. La sécheresse et l’aridification progressent dans plusieurs régions du Centre et du Sud, accentuant les tensions sur la ressource en eau.

    La réponse espagnole passe par l’altitude. Sierra de Gredos, où certaines vieilles vignes de Garnacha sont cultivées entre 800 et 1 200 mètres d’altitude. Les producteurs cherchent aussi dans les cépages locaux oubliés des solutions : des variétés locales sélectionnées et cultivées depuis des siècles dans des environnements contraignants peuvent constituer une ressource précieuse pour l’adaptation, notamment lorsqu’elles présentent une maturation tardive ou une bonne tolérance au stress hydrique.

    La Galice, plus humide et plus atlantique, bénéficie encore d’un climat qui lui permet de conserver une certaine fraîcheur. Mais le réchauffement modifie déjà les équilibres : l’Albariño atteint plus facilement des maturités élevées et la gestion de l’eau devient elle aussi un sujet. Les Rías Baixas allongent leur saison, l’Albariño gagne en maturité.

    🌿 L’agriculture biologique : l’Espagne en tête

    L’Espagne est, de loin, le premier vignoble biologique d’Europe en superficie. En 2023, environ 166 000 hectares de vignes étaient conduits en agriculture biologique, soit près d’un cinquième du vignoble national.

    Ce chiffre mérite une nuance. Ce chiffre recouvre en effet des réalités très différentes : entre une petite exploitation familiale engagée depuis longtemps dans une démarche écologique et une grande structure certifiée pour répondre au marché, les motivations et les pratiques peuvent varier considérablement.

    L’engagement entre un producteur artisanal de la Sierra de Gredos et une grande coopérative d’Estrémadure certifiée bio est très différent.

    Mais la tendance de fond est réelle. Une nouvelle génération de bodegas familiales choisit explicitement la conversion biologique ou biodynamique comme philosophie et comme identité.

    🍷 Les vins nature en Espagne : un mouvement en construction

    Le mouvement des vins nature a mis du temps à s’implanter en Espagne. La culture viticole espagnole était traditionnellement orientée vers des vins stabilisés, techniques, conçus pour résister aux transports et aux stocks.

    La génération des années 2000-2010 a changé ça. Des producteurs comme Comando G en Gredos, Partida Creus en Catalogne ou Envínate aux Canaries et en Galice ont contribué à populariser une approche de vinification à faible intervention, fermentations spontanées, usage réduit du soufre et interventions limitées.

    Ces vins ont rapidement trouvé un public auprès de cavistes, sommeliers et importateurs spécialisés à l’international, avant de gagner progressivement en visibilité sur le marché espagnol.


    Ce que la série aura montré et ce qui reste

    Un vignoble qui n’avait pas encore dit son dernier mot. Des terroirs qu’on croyait épuisés qui retrouvent leur sens. Des familles qui transmettent contre vents et marées.

    L’avenir du vignoble espagnol ne se construira pas depuis Madrid. Il se construira dans la Sierra de Gredos, dans les gorges de la Ribeira Sacra, sur les flancs volcaniques des Canaries, dans les granites galiciens. Là où personne n’attendait grand-chose.

    Fin de La Trinité Viticole. Merci de nous avoir suivis.

    🇪🇸 Versión española

    Tres países, quince artículos, una serie que termina. Lo que España habrá aportado a La Trinidad Viticola : una lección sobre las viñas viejas, las familias que aguantan, los terroirs que se creían agotados y que se revelan. Y ahora, una pregunta : ¿hacia dónde va el viñedo español ?

    🇰 Lo que nos llevamos

    España tiene la reputación de ser un viñedo fácil de resumir. Rioja, Tempranillo, Albariño : tres nombres bastan, al parecer.

    Esta serie habrá demostrado lo contrario. España es el país donde aún se encuentran viñas centenarias no injertadas en terroirs volcánicos o graníticos que nadie conocía hace veinte años. El país donde familias defienden desde cuatro o cinco generaciones variedades que el resto del mundo ha olvidado. El país donde los trabajos vitícolas más interesantes se hacen a menudo sin presupuesto, en regiones que todavía no tienen nombre internacional.

    Priorat, Ribeira Sacra, Sierra de Gredos, las Islas Canarias, Txakoli : lugares que no figuraban en los mapas mundiales del vino hace treinta años y que hoy ocupan en ellos un lugar reconocido.

    🌡️ El calentamiento climático : el desafío más agudo de Europa

    España figura entre los países europeos más expuestos a los efectos del calentamiento climático. No es una opinión : las proyecciones científicas muestran un agravamiento de los episodios de calor, sequía y estrés hídrico en la península Ibérica. En algunas zonas muy cálidas de La Mancha, el Levante o Extremadura, las maduraciones fuertes pueden conducir a graduaciones alcohólicas naturalmente muy elevadas. La sequía y la aridificación avanzan en varias regiones del Centro y del Sur, agudizando las tensiones sobre el recurso hídrico.

    La respuesta española pasa por la altitud. Sierra de Gredos, donde algunas viñas viejas de Garnacha se cultivan entre 800 y 1 200 metros de altitud. Los productores buscan también en las variedades locales olvidadas soluciones : variedades locales seleccionadas y cultivadas desde siglos en entornos exigentes pueden constituir un recurso precioso para la adaptación, especialmente cuando presentan una maduración tardía o una buena tolerancia al estrés hídrico.

    Galicia, más húmeda y atlántica, conserva todavía un clima que le permite mantener cierta frescura. Pero el calentamiento ya modifica los equilibrios : el Albariño alcanza más fácilmente maduraciones elevadas y la gestión del agua empieza también a ser un tema. Las Rías Baixas alargan su temporada, el Albariño gana en madurez.

    🌿 La agricultura ecológica : España a la cabeza

    España es, con mucho, el primer viñedo ecológico de Europa en superficie. En 2023, alrededor de 166 000 hectáreas de viña estaban conducidas en agricultura ecológica, cerca de un quinto del viñedo nacional.

    Esta cifra merece un matiz. Abarca en efecto realidades muy diferentes : entre una pequeña explotación familiar comprometida desde hace tiempo con un enfoque ecológico y una gran estructura certificada para responder al mercado, las motivaciones y las prácticas pueden variar considerablemente.

    El compromiso entre un productor artesanal de la Sierra de Gredos y una gran cooperativa de Extremadura certificada ecológica es muy diferente.

    Pero la tendencia de fondo es real. Una nueva generación de bodegas familiares elige explícitamente la conversión ecológica o biodinámica como filosofía e identidad.

    🍷 Los vinos naturales en España : un movimiento en construcción

    El movimiento de los vinos naturales tardó en implantarse en España. La cultura vitícola española estaba orientada hacia vinos estabilizados, técnicos, diseñados para resistir los transportes y los stocks.

    La generación de los años 2000-2010 lo cambió. Productores como Comando G en Gredos, Partida Creus en Cataluña o Envínate en Canarias y Galicia contribuyeron a popularizar un enfoque de vinificación de baja intervención, fermentaciones espontáneas, uso reducido del azufre e intervenciones limitadas.

    Estos vinos encontraron rápidamente un público entre los cavistas, sumilleres e importadores especializados a nivel internacional, antes de ganar progresivamente visibilidad en el mercado español.


    Lo que la serie habrá mostrado y lo que queda

    Un viñedo que no había dicho su última palabra. Terroirs que se creían agotados que recuperan su sentido. Familias que transmiten contra viento y marea.

    El futuro del viñedo español no se construirá desde Madrid. Se construirá en la Sierra de Gredos, en los desfiladeros de la Ribeira Sacra, en los flancos volcánicos de las Canarias, en los granitos gallegos. Allí donde nadie esperaba gran cosa.

    Fin de La Trinidad Viticola. Gracias por habernos seguido.

    La tradición puede ser un punto de partida. La modernidad, una forma de continuarla.

  • Las bodegas familiares : tradition et modernité dans le vin espagnol

    Las bodegas familiares : tradition et modernité dans le vin espagnol

    🇫🇷+🇪🇸 Série · La Trinité Viticole · Article 12/15 · Espagne — français et español sur cette page · ⏱ 5 min

    En Espagne, la bodega familiale occupe une place particulière dans le paysage viticole. Des familles cultivent leurs vignes depuis plusieurs générations, certaines sont devenues des références internationales, d’autres travaillent plus discrètement, loin des projecteurs.

    Entre transmission, enracinement et volonté d’innover, le vignoble espagnol raconte aussi une histoire de familles.

    🏠 La bodega familiale : ce qui la distingue

    La bodega familiale espagnole repose avant tout sur une logique de propriété, de transmission et d’ancrage territorial.

    Contrairement aux grandes coopératives qui regroupent de nombreux producteurs ou aux groupes vinicoles présents dans plusieurs régions, elle s’organise souvent autour d’un nom, d’une famille et d’un territoire.

    Le lien avec la vigne y est généralement très direct. Les générations se succèdent, les parcelles se transmettent, les pratiques évoluent. Les décisions prises aujourd’hui peuvent avoir des conséquences bien au-delà d’une seule récolte.

    C’est cette vision du temps long qui constitue peut-être la véritable signature de ces maisons.

    🍷 Rioja : les grandes familles du vin

    La Rioja a vu naître certaines des grandes dynasties viticoles espagnoles.

    Marqués de Murrieta appartient à cette histoire ancienne. Don Luciano de Murrieta y introduit dès le XIXᵉ siècle une approche inspirée du modèle bordelais, contribuant à poser les bases du vin moderne de Rioja.

    López de Heredia, fondée à Haro à partir de 1877, représente une autre expression de cette tradition. La maison reste aujourd’hui l’une des rares bodegas familiales historiques de la DOCa Rioja.

    Plus récente, Bodegas Muga, fondée en 1932, incarne elle aussi cette continuité familiale. Trois générations de la famille Muga se sont succédé dans la maison, avec une philosophie qui cherche à associer tradition artisanale et ouverture vers l’avenir.

    Le Rioja traditionnel reste associé aux élevages prolongés et à l’utilisation du chêne, notamment américain, avec des profils pouvant développer des notes de vanille, de cuir et de fruits évolués.

    Mais une autre Rioja s’est développée parallèlement.

    Artadi, dont la famille Lacalle y Laorden prend les commandes en 1992, revendique une approche fondée sur l’identité des parcelles et le respect du vignoble. Remírez de Ganuza, fondée en 1989, a de son côté introduit différentes innovations dans la viticulture et la vinification.

    Deux visions peuvent donc coexister dans la même appellation : la fidélité aux codes historiques et la recherche d’une expression plus parcellaire et contemporaine.

    C’est précisément cette diversité qui rend la Rioja impossible à résumer en une seule phrase.

    🌊 Galice : les nouvelles familles de l’Albarino

    Les Rías Baixas racontent une autre histoire.

    Dans le Val do Salnés, les petites exploitations et le travail familial ont longtemps occupé une place essentielle. La création de la Denominación de Origen Rías Baixas en 1988 a accompagné la professionnalisation et la montée en gamme de la région.

    Certaines familles ont joué un rôle déterminant dans cette évolution.

    Pazo de Señorans a été acquis en 1979 par Marisol Bueno et Javier Mareque. La famille a ensuite contribué à faire reconnaître le potentiel de garde de l’Albariño et au développement de la nouvelle appellation.

    Do Ferreiro, fondée par Gerardo Méndez, est une autre histoire familiale emblématique. La génération suivante a poursuivi le travail autour des vieilles vignes et de l’identité des différents terroirs du Salnés. Certains de ses Albariño sont capables d’évoluer pendant dix ans ou davantage en bouteille.

    Zárate pousse encore plus loin cette notion de transmission. La famille cultive ses propres vignobles depuis plusieurs générations et travaille notamment avec des parcelles anciennes. Eulogio Pomares, aujourd’hui à la tête du domaine, représente cette nouvelle génération de viticulteurs galiciens formés à l’extérieur avant de revenir travailler sur le patrimoine familial.

    La Galice n’est donc plus seulement associée à des blancs jeunes et aromatiques.

    L’Albariño peut aussi être un vin de garde, capable de gagner en complexité et en profondeur avec le temps.

    🔴 Ribera del Duero : modernité et tradition

    La Ribera del Duero est beaucoup plus récente dans son organisation officielle que la Rioja, la Denominación de Origen ayant été créée en 1982.

    Mais son histoire compte déjà quelques noms mythiques.

    Vega Sicilia, fondée en 1864, en est l’exemple absolu. La bodega appartient à la famille Álvarez depuis 1982 et reste l’une des grandes références du vin espagnol. Son Único est devenu l’un des grands vins iconiques de la péninsule.

    Autour de ce monument, une nouvelle génération de producteurs a contribué à transformer l’image de la région.

    Aalto, fondée en 1999 par Mariano García et Javier Zaccagnini, s’est construite autour du Tinto Fino et de vieilles vignes réparties sur plusieurs communes. Les familles Masaveu et Nozaleda ont ensuite rejoint le projet en 2006.

    Dominio de Pingus, créé par Peter Sisseck en 1995, appartient davantage à cette génération de projets personnels et de haute précision qu’à la définition classique de la bodega familiale.

    Cette distinction est importante : le renouveau espagnol ne vient pas uniquement des familles historiques. Il vient aussi de vignerons qui ont choisi de s’installer dans une région, d’en comprendre les vieilles vignes et d’en proposer une nouvelle lecture.

    🆕 La nueva generación : entre héritage et rupture

    Partout en Espagne, une même question se pose désormais.

    Que faire de l’héritage reçu ?

    Certains héritiers choisissent de poursuivre exactement le travail de leurs parents et grands-parents. D’autres reviennent après avoir étudié ou travaillé à Bordeaux, Dijon ou dans d’autres grandes régions viticoles et souhaitent modifier progressivement les pratiques du domaine.

    Moins de bois neuf, davantage de travail parcellaire, recherche de fraîcheur, réduction des intrants, retour à certaines méthodes traditionnelles ou expérimentations autour des levures et des fermentations : les pistes sont nombreuses.

    Il n’existe pas une seule définition de la modernité.

    Pour certaines familles, préserver la tradition est déjà une forme d’innovation. Pour d’autres, faire évoluer les pratiques est la meilleure manière de rester fidèle au terroir.

    ☀️ Le Sud : les familles oubliées qui reviennent

    Le renouveau espagnol ne se limite pas aux grandes appellations historiques.

    Dans la Sierra de Gredos, au centre de l’Espagne, de jeunes vignerons et de petites familles redécouvrent de vieilles vignes de Garnacha plantées sur des sols granitiques, souvent à haute altitude.

    La région reste caractérisée par une viticulture à petite échelle, avec de nombreuses parcelles de très faible superficie et une nouvelle génération de bodegas familiales travaillant notamment avec de vieilles vignes de Garnacha et d’Albillo Real.

    En Andalousie également, certains producteurs cherchent à sortir des représentations traditionnelles du vignoble régional. À côté des grands vins historiques de Jerez et de Montilla-Moriles, de nouveaux projets explorent d’autres expressions du climat, des sols et des cépages andalous.

    Les terroirs sont là. Les vieilles vignes aussi.

    Il fallait parfois simplement les regarder autrement.


    Une philosophie du temps long

    Ce qui unit finalement ces bodegas n’est ni leur taille, ni leur prestige, ni même leur style de vin.

    C’est leur rapport au temps.

    Une vigne que l’on transmet.

    Une parcelle que l’on continue de travailler parce que les générations précédentes l’ont fait avant nous.

    Une cave construite pour durer.

    Des choix réalisés aujourd’hui avec la conviction que leurs conséquences seront visibles dans dix, vingt ou trente ans.

    Cette logique n’est pas celle d’un simple investissement.

    Elle relève davantage d’un patrimoine vivant.

    Et c’est peut-être là que réside la singularité des bodegas familiales espagnoles : elles ne cherchent pas seulement à produire du vin.

    Elles cherchent à transmettre une histoire.

    🇪🇸 Versión española

    Traducción íntegra del artículo francés que aparece más arriba. La versión en inglés está disponible a través del enlace al final de la página.

    En España, la bodega familiar ocupa un lugar particular en el paisaje vitícola. Familias que cultivan sus viñas desde varias generaciones, algunas se han convertido en referencias internacionales, otras trabajan con más discreción, lejos de los focos.

    Entre transmisión, arraigo y voluntad de innovar, el viñedo español cuenta también una historia de familias.

    🏠 La bodega familiar : lo que la distingue

    La bodega familiar española se basa ante todo en una lógica de propiedad, transmisión y arraigo territorial.

    A diferencia de las grandes cooperativas que reúnen a numerosos productores o de los grupos vinícolas presentes en varias regiones, se organiza a menudo en torno a un nombre, una familia y un territorio.

    El vínculo con la viña es generalmente muy directo. Las generaciones se suceden, las parcelas se transmiten, las prácticas evolucionan. Las decisiones tomadas hoy pueden tener consecuencias mucho más allá de una sola cosecha.

    Es esta visión del tiempo largo lo que constituye quizás la verdadera firma de estas casas.

    🍷 Rioja : las grandes familias del vino

    La Rioja ha visto nacer algunas de las grandes dinastías vitícolas españolas.

    Marqués de Murrieta pertenece a esta historia antigua. Don Luciano de Murrieta introduce desde el siglo XIX un enfoque inspirado en el modelo bordeés, contribuyendo a sentar las bases del vino moderno de Rioja.

    López de Heredia, fundada en Haro a partir de 1877, representa otra expresión de esta tradición. La bodega sigue siendo hoy una de las raras bodegas familiares históricas de la DOCa Rioja.

    Más reciente, Bodegas Muga, fundada en 1932, encarna también esta continuidad familiar. Tres generaciones de la familia Muga se han sucedido en la bodega, con una filosofía que busca asociar tradición artesanal y apertura hacia el futuro.

    El Rioja tradicional sigue asociado a las crianzas prolongadas y al uso del roble, especialmente americano, con perfiles que pueden desarrollar notas de vainilla, cuero y fruta evolucionada.

    Pero otra Rioja se ha desarrollado paralelamente.

    Artadi, cuya familia Lacalle y Laorden toma las riendas en 1992, reivindica un enfoque basado en la identidad de las parcelas y el respeto del viñedo. Remírez de Ganuza, fundada en 1989, ha introducido por su parte diferentes innovaciones en la viticultura y la vinificación.

    Dos visiones pueden pues coexistir en la misma denominación : la fidelidad a los códigos históricos y la búsqueda de una expresión más parcelaria y contemporánea.

    Es precisamente esta diversidad lo que hace a la Rioja imposible de resumir en una sola frase.

    🌊 Galicia : las nuevas familias del Albarino

    Las Rías Baixas cuentan otra historia.

    En el Val do Salnés, las pequeñas explotaciones y el trabajo familiar han ocupado durante mucho tiempo un lugar esencial. La creación de la Denominación de Origen Rías Baixas en 1988 acompañó la profesionalización y la subida de gama de la región.

    Algunas familias jugaron un papel determinante en esta evolución.

    Pazo de Señorans fue adquirido en 1979 por Marisol Bueno y Javier Mareque. La familia contribuyó después a hacer reconocer el potencial de guarda del Albariño y al desarrollo de la nueva denominación.

    Do Ferreiro, fundada por Gerardo Méndez, es otra historia familiar emblématica. La siguiente generación ha continuado el trabajo alrededor de las viñas viejas y de la identidad de los diferentes terroirs del Salnés. Algunos de sus Albariños son capaces de evolucionar durante diez años o más en botella.

    Zárate va aún más lejos en esta noción de transmisión. La familia cultiva sus propios viñedos desde varias generaciones y trabaja especialmente con parcelas antiguas. Eulogio Pomares, hoy al frente del dominio, representa esta nueva generación de viticultores gallegos formados fuera antes de volver a trabajar sobre el patrimonio familiar.

    Galicia ya no está asociada únicamente a blancos jóvenes y aromáticos.

    El Albariño puede ser también un vino de guarda, capaz de ganar en complejidad y profundidad con el tiempo.

    🔴 Ribera del Duero : modernidad y tradición

    La Ribera del Duero es mucho más reciente en su organización oficial que la Rioja, ya que la Denominación de Origen fue creada en 1982.

    Pero su historia ya cuenta algunos nombres míticos.

    Vega Sicilia, fundada en 1864, es el ejemplo absoluto. La bodega pertenece a la familia Álvarez desde 1982 y sigue siendo una de las grandes referencias del vino español. Su Único se ha convertido en uno de los grandes vinos icónicos de la península.

    Alrededor de este monumento, una nueva generación de productores ha contribuido a transformar la imagen de la región.

    Aalto, fundada en 1999 por Mariano García y Javier Zaccagnini, se construyó alrededor del Tinto Fino y de viñas viejas repartidas en varios municipios. Las familias Masaveu y Nozaleda se unieron después al proyecto en 2006.

    Dominio de Pingus, creado por Peter Sisseck en 1995, pertenece más a esta generación de proyectos personales y de alta precisión que a la definición clásica de bodega familiar.

    Esta distinción es importante : la renovación española no viene únicamente de las familias históricas. Viene también de viticultores que han elegido instalarse en una región, comprender sus viñas viejas y proponer una nueva lectura.

    🆕 La nueva generación : entre herencia y ruptura

    En toda España, una misma pregunta se plantea ahora.

    ¿Qué hacer con la herencia recibida?

    Algunos herederos eligen continuar exactamente el trabajo de sus padres y abuelos. Otros regresan después de haber estudiado o trabajado en Burdeos, Dijon u otras grandes regiones vitícolas y desean modificar progresivamente las prácticas del dominio.

    Menos madera nueva, más trabajo parcelario, búsqueda de frescura, reducción de insumos, vuelta a ciertos métodos tradicionales o experimentaciones alrededor de levaduras y fermentaciones : los caminos son numerosos.

    No existe una sola definición de modernidad.

    Para algunas familias, preservar la tradición es ya una forma de innovación. Para otras, hacer evolucionar las prácticas es la mejor manera de permanecer fiel al terroir.

    ☀️ El Sur : las familias olvidadas que regresan

    La renovación española no se limita a las grandes denominaciones históricas.

    En la Sierra de Gredos, en el centro de España, jóvenes viticultores y pequeñas familias redescubren viñas viejas de Garnacha plantadas en suelos graníticos, a menudo a gran altitud.

    La región se caracteriza por una viticultura a pequeña escala, con numerosas parcelas de muy escasa superficie y una nueva generación de bodegas familiares que trabaja especialmente con viñas viejas de Garnacha y Albillo Real.

    En Andalucía también, ciertos productores buscan salir de las representaciones tradicionales del viñedo regional. Al lado de los grandes vinos históricos de Jerez y Montilla-Moriles, nuevos proyectos exploran otras expresiones del clima, los suelos y las variedades andaluzas.

    Los terroirs están ahí. Las viñas viejas también.

    A veces bastaba con mirarlos de otra manera.


    Una filosofía del tiempo largo

    Lo que une finalmente a estas bodegas no es ni su tamaño, ni su prestigio, ni siquiera su estilo de vino.

    Es su relación con el tiempo.

    Una viña que se transmite.

    Una parcela que se sigue trabajando porque las generaciones anteriores lo hicieron antes que nosotros.

    Una bodega construida para durar.

    Decisiones tomadas hoy con la convicción de que sus consecuencias serán visibles en diez, veinte o treinta años.

    Esta lógica no es la de una simple inversión.

    Se acerca más a un patrimonio vivo.

    Y es quizás ahí donde reside la singularidad de las bodegas familiares españolas : no buscan simplemente producir vino.

    Buscan transmitir una historia.

    Una bodega familiar no se mide en botellas producidas. Se mide en generaciones transmitidas.

  • Tempranillo, Garnacha, Albariño : les cépages espagnols qu’il faut connaître

    Tempranillo, Garnacha, Albariño : les cépages espagnols qu’il faut connaître

    🇫🇷+🇪🇸 Série · La Trinité Viticole · Article 9/15 · Espagne — français et español sur cette page

    ⏱ 5 min

    L’Espagne possède une diversité viticole exceptionnelle, avec plus de 400 variétés de vigne recensées selon les sources. Une grande partie de cette richesse reste pourtant confidentielle, tandis qu’une poignée de cépages dominent les grandes appellations et définissent les styles les plus identitaires du vignoble ibérique.

    Tempranillo, Garnacha, Albariño : un trio emblématique. Mais aussi Verdejo, Mencía, Monastrell, Graciano et bien d’autres. Des cépages dont le caractère explique en grande partie pourquoi l’Espagne s’est imposée parmi les grandes nations viticoles mondiales, avec une offre souvent particulièrement compétitive en matière de rapport qualité-prix.

    Le ministère espagnol de l’Agriculture confirme d’ailleurs la domination actuelle du Tempranillo : au 31 juillet 2024, il représentait 195 076 hectares, devant l’Airén avec 185 614 hectares.

    🍇 Cépages explorés dans cet article

    Tempranillo · Garnacha · Albariño · Verdejo · Mencía · Monastrell

    🔴 Tempranillo — le cépage roi d’Espagne

    Le Tempranillo est aujourd’hui le cépage de cuve le plus planté d’Espagne. Il change de nom selon les régions : Tinto Fino ou Tinta del País en Ribera del Duero, Tinto de Toro à Toro, Cencibel dans certaines zones de Castille-La Manche. Il est également connu sous le nom de Tinta Roriz au Portugal.

    En Rioja, il constitue l’ossature des grands vins rouges et se prête aussi bien aux cuvées jeunes qu’aux longues élevages en fût. Les expressions traditionnelles peuvent développer des notes de fruits rouges, fraise, vanille, réglisse, cacao, cuir et tabac avec le vieillissement.

    En Ribera del Duero, les vignobles d’altitude et les importantes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit favorisent des vins souvent plus structurés et concentrés, tout en conservant une fraîcheur appréciable.

    À Toro, sous le nom de Tinta de Toro, les vieilles vignes et les conditions sèches donnent des vins particulièrement riches et puissants.

    La véritable force du Tempranillo réside dans cette capacité à changer de personnalité selon le climat, l’altitude, les sols et le travail du vigneron.

    Un véritable caméléon ibérique.

    🔴 Garnacha — la renaissance d’un géant

    La Garnacha, connue sous le nom de Grenache en France et de Cannonau en Sardaigne, est profondément associée au nord-est de la péninsule Ibérique. L’Aragon constitue l’un de ses berceaux historiques les plus importants.

    Longtemps utilisée dans des assemblages ou pour produire des vins simples et des rosés, elle connaît depuis plusieurs décennies une véritable renaissance qualitative.

    Cette révolution s’appuie notamment sur la redécouverte de vieilles vignes de Garnacha en Aragon, dans des appellations comme Campo de Borja et Calatayud, mais aussi en Terra Alta, en Catalogne, et dans les vignobles de Sierra de Gredos, au sud-ouest de Madrid.

    À Gredos, certaines vieilles vignes plantées sur des sols granitiques et à haute altitude donnent des rouges d’une remarquable finesse, avec des profils floraux, épicés et très frais.

    La Garnacha démontre ainsi qu’elle peut produire bien davantage que des vins solaires et généreux : lorsqu’elle bénéficie de vieilles vignes, d’altitude et de rendements maîtrisés, elle peut atteindre une élégance et une complexité spectaculaires.

    Sa renaissance constitue l’une des histoires les plus passionnantes du vignoble espagnol contemporain.

    🟡 Albariño — la fraîcheur atlantique

    L’Albariño est le cépage emblématique des Rías Baixas, en Galice, sur la façade atlantique du nord-ouest de l’Espagne.

    Dans cette région fraîche, humide et fortement influencée par l’océan, il produit des blancs secs, aromatiques et tendus, avec des notes de pêche blanche, agrumes, abricot, fleurs et parfois une sensation saline. Les sols granitiques et le climat maritime participent fortement à leur identité.

    Les Rías Baixas regroupent cinq sous-zones : Val do Salnés, O Rosal, Condado do Tea, Ribeira do Ulla et Soutomaior, chacune apportant des nuances différentes à l’expression du cépage.

    L’acidité naturelle de l’Albariño en fait un partenaire exceptionnel des produits de la mer : huîtres, coquillages, moules, crustacés ou poulpe à la galicienne.

    Mais son potentiel ne s’arrête pas aux vins jeunes. Les élevages prolongés sur lies peuvent apporter davantage de texture, de profondeur et de complexité, et certaines cuvées sont parfaitement capables d’évoluer en bouteille.

    Un blanc atlantique qui combine fraîcheur, précision et véritable identité territoriale.

    🟡 Verdejo — le blanc du plateau castillan

    Le Verdejo est le grand cépage blanc de Rueda, en Castille-et-León.

    Les vignobles de l’appellation se situent principalement sur un plateau élevé, entre 700 et 800 mètres d’altitude, soumis à des hivers froids, des étés chauds et secs et d’importantes amplitudes thermiques.

    Dans le verre, le Verdejo offre généralement des vins secs, frais et aromatiques, avec des notes de fenouil, agrumes, herbes fraîches et fruits à chair blanche, accompagnées d’une légère amertume finale caractéristique.

    Longtemps considéré comme un vin simple et facile à boire, le Verdejo a considérablement gagné en ambition. Les meilleurs producteurs travaillent aujourd’hui des parcelles spécifiques, des élevages sur lies ou sous bois et des vinifications capables de révéler davantage de texture et de profondeur.

    Une alternative espagnole particulièrement intéressante aux grands blancs aromatiques internationaux.

    🔴 Mencía — l’émergent qui fait l’unanimité

    La Mencía est l’un des cépages rouges les plus intéressants du nord-ouest de l’Espagne.

    Elle est particulièrement importante dans le Bierzo, en Castille-et-León, mais également en Galice, notamment dans les appellations Ribeira Sacra, Valdeorras et Monterrei.

    Depuis les années 2000, plusieurs générations de vignerons ont profondément renouvelé son image. Les vieilles vignes, les rendements maîtrisés et un travail plus précis à la vigne et au chai ont révélé un cépage capable de produire des rouges d’une grande finesse.

    Sur les coteaux de la Ribeira Sacra, avec ses vignobles spectaculaires en terrasses au-dessus des vallées du Sil et du Miño, la Mencía peut donner des vins frais, floraux et élancés.

    Dans le Bierzo, elle exprime souvent davantage de profondeur et de structure, tout en conservant une acidité naturelle remarquable.

    Cerise, fruits rouges, fleurs, épices, notes végétales et minérales : son profil peut évoquer certains Pinot Noir ou Cabernet Franc par sa fraîcheur et son élégance, sans jamais perdre son identité ibérique.

    La Mencía est désormais bien plus qu’un cépage émergent : elle est devenue l’une des signatures du renouveau viticole espagnol.

    🔴 Monastrell — la puissance du Levant

    La Monastrell, connue sous le nom de Mourvèdre en France, est l’un des grands cépages du sud-est espagnol.

    Elle règne notamment sur Jumilla, Yecla et Bullas, mais également sur d’autres appellations de la façade méditerranéenne espagnole. L’association Monastrell España regroupe ainsi six appellations majeures autour de ce cépage : Alicante, Almansa, Bullas, Jumilla, Valencia et Yecla.

    À Jumilla, la Monastrell représente environ 70 % du vignoble et s’est remarquablement adaptée à un environnement chaud, sec et pauvre en eau. Une grande partie des vignes y est cultivée sans irrigation.

    Elle produit des vins généreux et profondément méditerranéens, avec des arômes de fruits noirs mûrs, épices, réglisse, herbes sauvages et garrigue.

    Mais la Monastrell moderne ne se résume plus à la puissance. Les meilleurs producteurs cherchent désormais à préserver son acidité et sa fraîcheur, notamment grâce à l’altitude, aux sols calcaires et à une récolte précise de la maturité.

    Le résultat : des vins riches et structurés, mais capables d’afficher une véritable fraîcheur.

    Une des grandes cartes maîtresses du vignoble méditerranéen espagnol.

    Les inimitables espagnols

    Ce qui unit ces cépages, ce n’est pas seulement leur popularité. C’est leur capacité à raconter un territoire.

    Le Tempranillo de Rioja, de Ribera del Duero ou de Toro ne raconte pas exactement la même histoire.

    La Garnacha d’Aragon ou de Gredos change de visage avec l’altitude et les sols.

    L’Albariño des Rías Baixas porte en lui l’influence de l’Atlantique et des granites galiciens.

    Le Verdejo de Rueda traduit les contrastes du haut plateau castillan.

    La Mencía du Bierzo et de Ribeira Sacra exprime la fraîcheur et la diversité des terroirs du nord-ouest.

    La Monastrell de Jumilla raconte enfin une autre Espagne : solaire, sèche, méditerranéenne, où la vigne doit composer avec la rareté de l’eau.

    Ces cépages peuvent être plantés ailleurs. Mais leur expression change dès que disparaît le territoire qui les a façonnés.

    Cépage × sol × climat × altitude × histoire × savoir-faire :

    c’est cette équation qui fait la singularité du vin espagnol.

    L’Espagne n’a pas seulement conservé un patrimoine génétique viticole exceptionnel.

    Elle est aujourd’hui en train de lui donner une nouvelle voix.

    🇪🇸 Versión española

    Traducción íntegra del artículo francés que aparece más arriba. La versión en inglés está disponible a través del enlace al final de la página.

    España posee una diversidad vitícola excepcional, con más de 400 variedades de vid censadas según las fuentes. Gran parte de esta riqueza sigue siendo confidencial, mientras que un puñado de variedades domina las grandes denominaciones y define los estilos más identitarios del viñedo ibérico. Tempranillo, Garnacha, Albariño: un trío emblemático. Pero también Verdejo, Mencía, Monastrell, Graciano y muchas otras. Variedades cuyo carácter explica en gran medida por qué España se ha impuesto entre las grandes naciones vitícolas del mundo, con una oferta a menudo especialmente competitiva en relación calidad-precio. El Ministerio de Agricultura español confirma además el dominio actual del Tempranillo: a 31 de julio de 2024 representaba 195.076 hectáreas, por delante del Airén con 185.614 hectáreas.

    🍇 Variedades exploradas en este artículo

    Tempranillo · Garnacha · Albariño · Verdejo · Mencía · Monastrell

    🔴 Tempranillo — la variedad reina de España

    El Tempranillo es hoy la variedad tinta más plantada de España. Cambia de nombre según las regiones: Tinto Fino o Tinta del País en Ribera del Duero, Tinto de Toro en Toro, Cencibel en algunas zonas de Castilla-La Mancha, y también se conoce como Tinta Roriz en Portugal. En Rioja constituye la columna vertebral de los grandes tintos y se presta tanto a cuvées jóvenes como a largas crianzas en barrica, con notas de frutos rojos, fresa, vainilla, regaliz, cacao, cuero y tabaco con el envejecimiento. En Ribera del Duero, los viñedos de altitud y las fuertes amplitudes térmicas entre el día y la noche favorecen vinos más estructurados y concentrados, sin perder frescura. En Toro, bajo el nombre de Tinta de Toro, las viñas viejas y las condiciones secas dan vinos especialmente ricos y potentes. La verdadera fuerza del Tempranillo reside en esa capacidad de cambiar de personalidad según el clima, la altitud, los suelos y el trabajo del viticultor. Un auténtico camaleón ibérico.

    🔴 Garnacha — el renacimiento de un gigante

    La Garnacha, conocida como Grenache en Francia y Cannonau en Cerdeña, está profundamente ligada al noreste de la península ibérica, con Aragón como uno de sus cunas históricas más importantes. Utilizada durante mucho tiempo en vinos de mezcla o para producir vinos sencillos y rosados, vive desde hace varias décadas un auténtico renacimiento cualitativo. Esta revolución se apoya sobre todo en el redescubrimiento de viejas viñas de Garnacha en Aragón, en denominaciones como Campo de Borja y Calatayud, pero también en Terra Alta, en Cataluña, y en los viñedos de la Sierra de Gredos, al suroeste de Madrid. En Gredos, algunas viñas viejas plantadas sobre suelos graníticos y a gran altitud dan tintos de una finura notable, con perfiles florales, especiados y muy frescos. La Garnacha demuestra así que puede producir mucho más que vinos solares y generosos: con viñas viejas, altitud y rendimientos controlados, puede alcanzar una elegancia y una complejidad espectaculares. Su renacimiento es una de las historias más apasionantes del viñedo español contemporáneo.

    🟡 Albariño — la frescura atlántica

    El Albariño es la variedad emblemática de las Rías Baixas, en Galicia, en la fachada atlántica del noroeste de España. En esta región fresca, húmeda y muy influida por el océano, produce blancos secos, aromáticos y tensos, con notas de melocotón blanco, cítricos, albaricoque, flores y a veces una sensación salina. Los suelos graníticos y el clima marítimo contribuyen mucho a su identidad. Las Rías Baixas agrupan cinco subzonas: Val do Salnés, O Rosal, Condado do Tea, Ribeira do Ulla y Soutomaior, cada una aportando matices diferentes a la expresión de la variedad. Su acidez natural lo convierte en un compañero excepcional de los productos del mar: ostras, mariscos, mejillones, crustáceos o pulpo a la gallega. Pero su potencial no se limita a los vinos jóvenes: las crianzas prolongadas sobre lías pueden aportar más textura, profundidad y complejidad, y algunas cuvées son perfectamente capaces de evolucionar en botella. Un blanco atlántico que combina frescura, precisión y verdadera identidad territorial.

    🟡 Verdejo — el blanco de la meseta castellana

    El Verdejo es la gran variedad blanca de Rueda, en Castilla y León. Los viñedos de la denominación se sitúan principalmente en una meseta elevada, entre 700 y 800 metros de altitud, sometida a inviernos fríos, veranos calurosos y secos y fuertes amplitudes térmicas. En la copa, el Verdejo ofrece generalmente vinos secos, frescos y aromáticos, con notas de hinojo, cítricos, hierbas frescas y frutas de carne blanca, acompañadas de una leve amargura final característica. Considerado durante mucho tiempo un vino sencillo y fácil de beber, el Verdejo ha ganado considerablemente en ambición: los mejores productores trabajan hoy parcelas específicas, crianzas sobre lías o en madera y vinificaciones capaces de revelar más textura y profundidad. Una alternativa española especialmente interesante a los grandes blancos aromáticos internacionales.

    🔴 Mencía — la emergente que enamora

    La Mencía es una de las variedades tintas más interesantes del noroeste de España. Es especialmente importante en el Bierzo, en Castilla y León, pero también en Galicia, sobre todo en las denominaciones Ribeira Sacra, Valdeorras y Monterrei. Desde los años 2000, varias generaciones de viticultores han renovado profundamente su imagen: las viñas viejas, los rendimientos controlados y un trabajo más preciso en la viña y en la bodega han revelado una variedad capaz de producir tintos de gran finura. En las laderas de la Ribeira Sacra, con sus espectaculares viñedos en terrazas sobre los valles del Sil y del Miño, la Mencía puede dar vinos frescos, florales y esbeltos. En el Bierzo expresa a menudo más profundidad y estructura, conservando una acidez natural notable. Cereza, frutos rojos, flores, especias, notas vegetales y minerales: su perfil puede evocar ciertos Pinot Noir o Cabernet Franc por su frescura y elegancia, sin perder nunca su identidad ibérica. La Mencía es hoy mucho más que una variedad emergente: se ha convertido en una de las firmas del renacimiento vitícola español.

    🔴 Monastrell — la potencia del Levante

    La Monastrell, conocida como Mourvèdre en Francia, es una de las grandes variedades del sureste español. Reina sobre todo en Jumilla, Yecla y Bullas, pero también en otras denominaciones de la fachada mediterránea española. La asociación Monastrell España agrupa así seis denominaciones importantes en torno a esta variedad: Alicante, Almansa, Bullas, Jumilla, Valencia y Yecla. En Jumilla, la Monastrell representa alrededor del 70 % del viñedo y se ha adaptado notablemente a un entorno cálido, seco y pobre en agua; gran parte de las viñas se cultiva en secano. Produce vinos generosos y profundamente mediterráneos, con aromas de frutas negras maduras, especias, regaliz, hierbas silvestres y garriga. Pero la Monastrell moderna ya no se reduce a la potencia: los mejores productores buscan preservar su acidez y su frescura, gracias a la altitud, a los suelos calcáreos y a una vendimia precisa en la madurez. El resultado: vinos ricos y estructurados, pero capaces de mostrar una verdadera frescura. Una de las grandes bazas del viñedo mediterráneo español.


    Los inimitables españoles

    Lo que une a estas variedades no es solo su popularidad: es su capacidad de narrar un territorio. El Tempranillo de Rioja, de Ribera del Duero o de Toro no cuenta exactamente la misma historia. La Garnacha de Aragón o de Gredos cambia de rostro con la altitud y los suelos. El Albariño de las Rías Baixas lleva consigo la influencia del Atlántico y de los granitos gallegos. El Verdejo de Rueda traduce los contrastes de la alta meseta castellana. La Mencía del Bierzo y de la Ribeira Sacra expresa la frescura y la diversidad de los terruños del noroeste. La Monastrell de Jumilla cuenta, por fin, otra España: solar, seca, mediterránea, donde la viña debe convivir con la escasez de agua. Estas variedades pueden plantarse en otros lugares, pero su expresión cambia en cuanto desaparece el territorio que las ha moldeado. Variedad × suelo × clima × altitud × historia × saber hacer: esa es la ecuación que hace la singularidad del vino español. España no solo ha conservado un patrimonio genético vitícola excepcional. Hoy está dándole una nueva voz.

    España no ha conservado únicamente un patrimonio genético vitícola excepcional. Hoy está dándole una nueva voz.