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Las bodegas familiares : tradition et modernité dans le vin espagnol

🇫🇷+🇪🇸 Série · La Trinité Viticole · Article 12/15 · Espagne — français et español sur cette page · ⏱ 5 min

En Espagne, la bodega familiale occupe une place particulière dans le paysage viticole. Des familles cultivent leurs vignes depuis plusieurs générations, certaines sont devenues des références internationales, d’autres travaillent plus discrètement, loin des projecteurs.

Entre transmission, enracinement et volonté d’innover, le vignoble espagnol raconte aussi une histoire de familles.

🏠 La bodega familiale : ce qui la distingue

La bodega familiale espagnole repose avant tout sur une logique de propriété, de transmission et d’ancrage territorial.

Contrairement aux grandes coopératives qui regroupent de nombreux producteurs ou aux groupes vinicoles présents dans plusieurs régions, elle s’organise souvent autour d’un nom, d’une famille et d’un territoire.

Le lien avec la vigne y est généralement très direct. Les générations se succèdent, les parcelles se transmettent, les pratiques évoluent. Les décisions prises aujourd’hui peuvent avoir des conséquences bien au-delà d’une seule récolte.

C’est cette vision du temps long qui constitue peut-être la véritable signature de ces maisons.

🍷 Rioja : les grandes familles du vin

La Rioja a vu naître certaines des grandes dynasties viticoles espagnoles.

Marqués de Murrieta appartient à cette histoire ancienne. Don Luciano de Murrieta y introduit dès le XIXᵉ siècle une approche inspirée du modèle bordelais, contribuant à poser les bases du vin moderne de Rioja.

López de Heredia, fondée à Haro à partir de 1877, représente une autre expression de cette tradition. La maison reste aujourd’hui l’une des rares bodegas familiales historiques de la DOCa Rioja.

Plus récente, Bodegas Muga, fondée en 1932, incarne elle aussi cette continuité familiale. Trois générations de la famille Muga se sont succédé dans la maison, avec une philosophie qui cherche à associer tradition artisanale et ouverture vers l’avenir.

Le Rioja traditionnel reste associé aux élevages prolongés et à l’utilisation du chêne, notamment américain, avec des profils pouvant développer des notes de vanille, de cuir et de fruits évolués.

Mais une autre Rioja s’est développée parallèlement.

Artadi, dont la famille Lacalle y Laorden prend les commandes en 1992, revendique une approche fondée sur l’identité des parcelles et le respect du vignoble. Remírez de Ganuza, fondée en 1989, a de son côté introduit différentes innovations dans la viticulture et la vinification.

Deux visions peuvent donc coexister dans la même appellation : la fidélité aux codes historiques et la recherche d’une expression plus parcellaire et contemporaine.

C’est précisément cette diversité qui rend la Rioja impossible à résumer en une seule phrase.

🌊 Galice : les nouvelles familles de l’Albarino

Les Rías Baixas racontent une autre histoire.

Dans le Val do Salnés, les petites exploitations et le travail familial ont longtemps occupé une place essentielle. La création de la Denominación de Origen Rías Baixas en 1988 a accompagné la professionnalisation et la montée en gamme de la région.

Certaines familles ont joué un rôle déterminant dans cette évolution.

Pazo de Señorans a été acquis en 1979 par Marisol Bueno et Javier Mareque. La famille a ensuite contribué à faire reconnaître le potentiel de garde de l’Albariño et au développement de la nouvelle appellation.

Do Ferreiro, fondée par Gerardo Méndez, est une autre histoire familiale emblématique. La génération suivante a poursuivi le travail autour des vieilles vignes et de l’identité des différents terroirs du Salnés. Certains de ses Albariño sont capables d’évoluer pendant dix ans ou davantage en bouteille.

Zárate pousse encore plus loin cette notion de transmission. La famille cultive ses propres vignobles depuis plusieurs générations et travaille notamment avec des parcelles anciennes. Eulogio Pomares, aujourd’hui à la tête du domaine, représente cette nouvelle génération de viticulteurs galiciens formés à l’extérieur avant de revenir travailler sur le patrimoine familial.

La Galice n’est donc plus seulement associée à des blancs jeunes et aromatiques.

L’Albariño peut aussi être un vin de garde, capable de gagner en complexité et en profondeur avec le temps.

🔴 Ribera del Duero : modernité et tradition

La Ribera del Duero est beaucoup plus récente dans son organisation officielle que la Rioja, la Denominación de Origen ayant été créée en 1982.

Mais son histoire compte déjà quelques noms mythiques.

Vega Sicilia, fondée en 1864, en est l’exemple absolu. La bodega appartient à la famille Álvarez depuis 1982 et reste l’une des grandes références du vin espagnol. Son Único est devenu l’un des grands vins iconiques de la péninsule.

Autour de ce monument, une nouvelle génération de producteurs a contribué à transformer l’image de la région.

Aalto, fondée en 1999 par Mariano García et Javier Zaccagnini, s’est construite autour du Tinto Fino et de vieilles vignes réparties sur plusieurs communes. Les familles Masaveu et Nozaleda ont ensuite rejoint le projet en 2006.

Dominio de Pingus, créé par Peter Sisseck en 1995, appartient davantage à cette génération de projets personnels et de haute précision qu’à la définition classique de la bodega familiale.

Cette distinction est importante : le renouveau espagnol ne vient pas uniquement des familles historiques. Il vient aussi de vignerons qui ont choisi de s’installer dans une région, d’en comprendre les vieilles vignes et d’en proposer une nouvelle lecture.

🆕 La nueva generación : entre héritage et rupture

Partout en Espagne, une même question se pose désormais.

Que faire de l’héritage reçu ?

Certains héritiers choisissent de poursuivre exactement le travail de leurs parents et grands-parents. D’autres reviennent après avoir étudié ou travaillé à Bordeaux, Dijon ou dans d’autres grandes régions viticoles et souhaitent modifier progressivement les pratiques du domaine.

Moins de bois neuf, davantage de travail parcellaire, recherche de fraîcheur, réduction des intrants, retour à certaines méthodes traditionnelles ou expérimentations autour des levures et des fermentations : les pistes sont nombreuses.

Il n’existe pas une seule définition de la modernité.

Pour certaines familles, préserver la tradition est déjà une forme d’innovation. Pour d’autres, faire évoluer les pratiques est la meilleure manière de rester fidèle au terroir.

☀️ Le Sud : les familles oubliées qui reviennent

Le renouveau espagnol ne se limite pas aux grandes appellations historiques.

Dans la Sierra de Gredos, au centre de l’Espagne, de jeunes vignerons et de petites familles redécouvrent de vieilles vignes de Garnacha plantées sur des sols granitiques, souvent à haute altitude.

La région reste caractérisée par une viticulture à petite échelle, avec de nombreuses parcelles de très faible superficie et une nouvelle génération de bodegas familiales travaillant notamment avec de vieilles vignes de Garnacha et d’Albillo Real.

En Andalousie également, certains producteurs cherchent à sortir des représentations traditionnelles du vignoble régional. À côté des grands vins historiques de Jerez et de Montilla-Moriles, de nouveaux projets explorent d’autres expressions du climat, des sols et des cépages andalous.

Les terroirs sont là. Les vieilles vignes aussi.

Il fallait parfois simplement les regarder autrement.


Une philosophie du temps long

Ce qui unit finalement ces bodegas n’est ni leur taille, ni leur prestige, ni même leur style de vin.

C’est leur rapport au temps.

Une vigne que l’on transmet.

Une parcelle que l’on continue de travailler parce que les générations précédentes l’ont fait avant nous.

Une cave construite pour durer.

Des choix réalisés aujourd’hui avec la conviction que leurs conséquences seront visibles dans dix, vingt ou trente ans.

Cette logique n’est pas celle d’un simple investissement.

Elle relève davantage d’un patrimoine vivant.

Et c’est peut-être là que réside la singularité des bodegas familiales espagnoles : elles ne cherchent pas seulement à produire du vin.

Elles cherchent à transmettre une histoire.

🇪🇸 Versión española

Traducción íntegra del artículo francés que aparece más arriba. La versión en inglés está disponible a través del enlace al final de la página.

En España, la bodega familiar ocupa un lugar particular en el paisaje vitícola. Familias que cultivan sus viñas desde varias generaciones, algunas se han convertido en referencias internacionales, otras trabajan con más discreción, lejos de los focos.

Entre transmisión, arraigo y voluntad de innovar, el viñedo español cuenta también una historia de familias.

🏠 La bodega familiar : lo que la distingue

La bodega familiar española se basa ante todo en una lógica de propiedad, transmisión y arraigo territorial.

A diferencia de las grandes cooperativas que reúnen a numerosos productores o de los grupos vinícolas presentes en varias regiones, se organiza a menudo en torno a un nombre, una familia y un territorio.

El vínculo con la viña es generalmente muy directo. Las generaciones se suceden, las parcelas se transmiten, las prácticas evolucionan. Las decisiones tomadas hoy pueden tener consecuencias mucho más allá de una sola cosecha.

Es esta visión del tiempo largo lo que constituye quizás la verdadera firma de estas casas.

🍷 Rioja : las grandes familias del vino

La Rioja ha visto nacer algunas de las grandes dinastías vitícolas españolas.

Marqués de Murrieta pertenece a esta historia antigua. Don Luciano de Murrieta introduce desde el siglo XIX un enfoque inspirado en el modelo bordeés, contribuyendo a sentar las bases del vino moderno de Rioja.

López de Heredia, fundada en Haro a partir de 1877, representa otra expresión de esta tradición. La bodega sigue siendo hoy una de las raras bodegas familiares históricas de la DOCa Rioja.

Más reciente, Bodegas Muga, fundada en 1932, encarna también esta continuidad familiar. Tres generaciones de la familia Muga se han sucedido en la bodega, con una filosofía que busca asociar tradición artesanal y apertura hacia el futuro.

El Rioja tradicional sigue asociado a las crianzas prolongadas y al uso del roble, especialmente americano, con perfiles que pueden desarrollar notas de vainilla, cuero y fruta evolucionada.

Pero otra Rioja se ha desarrollado paralelamente.

Artadi, cuya familia Lacalle y Laorden toma las riendas en 1992, reivindica un enfoque basado en la identidad de las parcelas y el respeto del viñedo. Remírez de Ganuza, fundada en 1989, ha introducido por su parte diferentes innovaciones en la viticultura y la vinificación.

Dos visiones pueden pues coexistir en la misma denominación : la fidelidad a los códigos históricos y la búsqueda de una expresión más parcelaria y contemporánea.

Es precisamente esta diversidad lo que hace a la Rioja imposible de resumir en una sola frase.

🌊 Galicia : las nuevas familias del Albarino

Las Rías Baixas cuentan otra historia.

En el Val do Salnés, las pequeñas explotaciones y el trabajo familiar han ocupado durante mucho tiempo un lugar esencial. La creación de la Denominación de Origen Rías Baixas en 1988 acompañó la profesionalización y la subida de gama de la región.

Algunas familias jugaron un papel determinante en esta evolución.

Pazo de Señorans fue adquirido en 1979 por Marisol Bueno y Javier Mareque. La familia contribuyó después a hacer reconocer el potencial de guarda del Albariño y al desarrollo de la nueva denominación.

Do Ferreiro, fundada por Gerardo Méndez, es otra historia familiar emblématica. La siguiente generación ha continuado el trabajo alrededor de las viñas viejas y de la identidad de los diferentes terroirs del Salnés. Algunos de sus Albariños son capaces de evolucionar durante diez años o más en botella.

Zárate va aún más lejos en esta noción de transmisión. La familia cultiva sus propios viñedos desde varias generaciones y trabaja especialmente con parcelas antiguas. Eulogio Pomares, hoy al frente del dominio, representa esta nueva generación de viticultores gallegos formados fuera antes de volver a trabajar sobre el patrimonio familiar.

Galicia ya no está asociada únicamente a blancos jóvenes y aromáticos.

El Albariño puede ser también un vino de guarda, capaz de ganar en complejidad y profundidad con el tiempo.

🔴 Ribera del Duero : modernidad y tradición

La Ribera del Duero es mucho más reciente en su organización oficial que la Rioja, ya que la Denominación de Origen fue creada en 1982.

Pero su historia ya cuenta algunos nombres míticos.

Vega Sicilia, fundada en 1864, es el ejemplo absoluto. La bodega pertenece a la familia Álvarez desde 1982 y sigue siendo una de las grandes referencias del vino español. Su Único se ha convertido en uno de los grandes vinos icónicos de la península.

Alrededor de este monumento, una nueva generación de productores ha contribuido a transformar la imagen de la región.

Aalto, fundada en 1999 por Mariano García y Javier Zaccagnini, se construyó alrededor del Tinto Fino y de viñas viejas repartidas en varios municipios. Las familias Masaveu y Nozaleda se unieron después al proyecto en 2006.

Dominio de Pingus, creado por Peter Sisseck en 1995, pertenece más a esta generación de proyectos personales y de alta precisión que a la definición clásica de bodega familiar.

Esta distinción es importante : la renovación española no viene únicamente de las familias históricas. Viene también de viticultores que han elegido instalarse en una región, comprender sus viñas viejas y proponer una nueva lectura.

🆕 La nueva generación : entre herencia y ruptura

En toda España, una misma pregunta se plantea ahora.

¿Qué hacer con la herencia recibida?

Algunos herederos eligen continuar exactamente el trabajo de sus padres y abuelos. Otros regresan después de haber estudiado o trabajado en Burdeos, Dijon u otras grandes regiones vitícolas y desean modificar progresivamente las prácticas del dominio.

Menos madera nueva, más trabajo parcelario, búsqueda de frescura, reducción de insumos, vuelta a ciertos métodos tradicionales o experimentaciones alrededor de levaduras y fermentaciones : los caminos son numerosos.

No existe una sola definición de modernidad.

Para algunas familias, preservar la tradición es ya una forma de innovación. Para otras, hacer evolucionar las prácticas es la mejor manera de permanecer fiel al terroir.

☀️ El Sur : las familias olvidadas que regresan

La renovación española no se limita a las grandes denominaciones históricas.

En la Sierra de Gredos, en el centro de España, jóvenes viticultores y pequeñas familias redescubren viñas viejas de Garnacha plantadas en suelos graníticos, a menudo a gran altitud.

La región se caracteriza por una viticultura a pequeña escala, con numerosas parcelas de muy escasa superficie y una nueva generación de bodegas familiares que trabaja especialmente con viñas viejas de Garnacha y Albillo Real.

En Andalucía también, ciertos productores buscan salir de las representaciones tradicionales del viñedo regional. Al lado de los grandes vinos históricos de Jerez y Montilla-Moriles, nuevos proyectos exploran otras expresiones del clima, los suelos y las variedades andaluzas.

Los terroirs están ahí. Las viñas viejas también.

A veces bastaba con mirarlos de otra manera.


Una filosofía del tiempo largo

Lo que une finalmente a estas bodegas no es ni su tamaño, ni su prestigio, ni siquiera su estilo de vino.

Es su relación con el tiempo.

Una viña que se transmite.

Una parcela que se sigue trabajando porque las generaciones anteriores lo hicieron antes que nosotros.

Una bodega construida para durar.

Decisiones tomadas hoy con la convicción de que sus consecuencias serán visibles en diez, veinte o treinta años.

Esta lógica no es la de una simple inversión.

Se acerca más a un patrimonio vivo.

Y es quizás ahí donde reside la singularidad de las bodegas familiares españolas : no buscan simplemente producir vino.

Buscan transmitir una historia.

Una bodega familiar no se mide en botellas producidas. Se mide en generaciones transmitidas.

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