🇫🇷 Série · Presqu’île de Saint-Tropez · Article 2/2 · Gassin
⏱ 6 min
Il y a des noms qui, dans le monde du vin, se suffisent à eux-mêmes. Minuty en fait partie.
Perché sur les coteaux de Gassin, entre schistes et argiles, le domaine cultive ses vignes en gobelet depuis 1936, sous la houlette de la famille Matton-Farnet. Un des 18 Crus Classés de Provence depuis 1955, excusez du peu.
On y est allés pour comprendre ce qui se cache derrière la pâleur si reconnaissable de leurs rosés. On en est repartis avec une leçon d’histoire, un chai impressionnant, et la découverte d’un rouge qu’on n’attendait pas.
🍇 Au programme de cet article
Le terroir de Gassin · L’histoire d’une maison familiale · Dans le chai · Les cuvées qui font la réputation du domaine
Un terroir façonné par le mistral et la mer
Gassin regarde le golfe de Saint-Tropez, et ça se sent dans chaque bouteille.
Les vignes, cultivées en gobelet, plongent leurs racines dans un sol de schistes et d’argiles, sculpté par des embruns constants. Le mistral y joue le même rôle qu’à Ramatuelle : il rafraîchit, discipline, et façonne des rosés d’une pâleur devenue signature. Ce n’est pas un hasard si Minuty s’est imposé, année après année, comme une référence dans les rosés de Provence.
Une histoire de famille, depuis 1936
Fondé au XIXe siècle et reconstruit sous Napoléon III, le Château Minuty appartient à la famille Matton-Farnet depuis 1936. Un des 18 Crus Classés de Provence depuis 1955, ce qui en dit long sur la rigueur derrière chaque bouteille.
Ce qui frappe en arrivant, c’est le contraste entre l’élégance discrète de la façade et l’ampleur du travail qui se joue en coulisses. Le comptoir de dégustation, niché sous une pluie de bouteilles roses suspendues au plafond, résume bien l’esprit du lieu : sérieux dans le geste, léger dans l’ambiance.
Dans le chai
Descendre dans le chai de Minuty, c’est comprendre que la réputation du domaine ne tient pas qu’à un joli terroir.
Des rangées entières de barriques, certaines gravées du nom du domaine, s’alignent à perte de vue. Une jarre en terre cuite, discrète parmi les fûts de chêne, rappelle que Minuty explore aussi des méthodes d’élevage plus anciennes. Rien n’est laissé au hasard : chaque choix de contenant participe à la personnalité finale du vin.
Les cuvées qui font la réputation du domaine
Le 281, c’est Minuty dans ce qu’il a de plus abouti. Une parcelle unique de vieux Grenache, vendangée à la main, vinifiée sans compromis. Le sommet de gamme, tout simplement.
Le Rouge et Or, lui, surprend. On vient chercher du rosé, on repart convaincu par un rouge épicé et généreux, loin de l’image que l’on se fait habituellement de la maison.
Et puis il y a la vitrine « Limited Edition Lucia Vinti », qui rappelle que Minuty ne se contente pas de produire du bon vin : le domaine cultive aussi l’art de la mise en scène, jusque dans ses éditions les plus confidentielles.
Derrière la pâleur signature de ses rosés, Château Minuty cache un chai qui n’a rien à envier aux plus grandes maisons, et un rouge qui mérite qu’on s’y attarde.
🇫🇷+🇪🇸 Série · La Trinité Viticole · Article 15/15 · Espagne — français et español sur cette page · ⏱ 5 min
Trois pays, quinze articles, une série qui se termine. Ce que l’Espagne aura apporté à La Trinité Viticole : une leçon sur les vieilles vignes, les familles qui résistent, les terroirs qu’on croyait épuisés et qui se révèlent. Et maintenant, une question : où va le vignoble espagnol ?
🇰 Ce qu’on retient
L’Espagne a la réputation d’être un vignoble facile à résumer. Rioja, Tempranillo, Albariño : trois noms suffisent, paraît-il.
Cette série aura montré le contraire. L’Espagne est le pays où l’on trouve encore des vignes centenaires non greffées sur des terroirs volcaniques ou granitiques que personne ne connaissait il y a vingt ans. Le pays où des familles défendent depuis quatre ou cinq générations des cépages que le reste du monde a oubliés. Le pays où les travaux viticoles les plus intéressants se font souvent sans budget, dans des régions qui n’ont pas encore de nom international.
Priorat, Ribeira Sacra, Sierra de Gredos, les Canaries, Txakoli : des lieux qui ne figuraient pas sur les cartes mondiales du vin il y a trente ans et qui y occupent aujourd’hui une place reconnue.
🌡️ Le réchauffement climatique : le défi le plus aigu d’Europe
L’Espagne figure parmi les pays européens les plus exposés aux effets du réchauffement climatique. Ce n’est pas une opinion : les projections scientifiques montrent une aggravation des épisodes de chaleur, de sécheresse et de stress hydrique dans la péninsule Ibérique. Dans certaines zones très chaudes de La Mancha, du Levant ou d’Estrémadure, les fortes maturités peuvent conduire à des degrés alcooliques naturellement très élevés. La sécheresse et l’aridification progressent dans plusieurs régions du Centre et du Sud, accentuant les tensions sur la ressource en eau.
La réponse espagnole passe par l’altitude. Sierra de Gredos, où certaines vieilles vignes de Garnacha sont cultivées entre 800 et 1 200 mètres d’altitude. Les producteurs cherchent aussi dans les cépages locaux oubliés des solutions : des variétés locales sélectionnées et cultivées depuis des siècles dans des environnements contraignants peuvent constituer une ressource précieuse pour l’adaptation, notamment lorsqu’elles présentent une maturation tardive ou une bonne tolérance au stress hydrique.
La Galice, plus humide et plus atlantique, bénéficie encore d’un climat qui lui permet de conserver une certaine fraîcheur. Mais le réchauffement modifie déjà les équilibres : l’Albariño atteint plus facilement des maturités élevées et la gestion de l’eau devient elle aussi un sujet. Les Rías Baixas allongent leur saison, l’Albariño gagne en maturité.
🌿 L’agriculture biologique : l’Espagne en tête
L’Espagne est, de loin, le premier vignoble biologique d’Europe en superficie. En 2023, environ 166 000 hectares de vignes étaient conduits en agriculture biologique, soit près d’un cinquième du vignoble national.
Ce chiffre mérite une nuance. Ce chiffre recouvre en effet des réalités très différentes : entre une petite exploitation familiale engagée depuis longtemps dans une démarche écologique et une grande structure certifiée pour répondre au marché, les motivations et les pratiques peuvent varier considérablement.
L’engagement entre un producteur artisanal de la Sierra de Gredos et une grande coopérative d’Estrémadure certifiée bio est très différent.
Mais la tendance de fond est réelle. Une nouvelle génération de bodegas familiales choisit explicitement la conversion biologique ou biodynamique comme philosophie et comme identité.
🍷 Les vins nature en Espagne : un mouvement en construction
Le mouvement des vins nature a mis du temps à s’implanter en Espagne. La culture viticole espagnole était traditionnellement orientée vers des vins stabilisés, techniques, conçus pour résister aux transports et aux stocks.
La génération des années 2000-2010 a changé ça. Des producteurs comme Comando G en Gredos, Partida Creus en Catalogne ou Envínate aux Canaries et en Galice ont contribué à populariser une approche de vinification à faible intervention, fermentations spontanées, usage réduit du soufre et interventions limitées.
Ces vins ont rapidement trouvé un public auprès de cavistes, sommeliers et importateurs spécialisés à l’international, avant de gagner progressivement en visibilité sur le marché espagnol.
Ce que la série aura montré et ce qui reste
Un vignoble qui n’avait pas encore dit son dernier mot. Des terroirs qu’on croyait épuisés qui retrouvent leur sens. Des familles qui transmettent contre vents et marées.
L’avenir du vignoble espagnol ne se construira pas depuis Madrid. Il se construira dans la Sierra de Gredos, dans les gorges de la Ribeira Sacra, sur les flancs volcaniques des Canaries, dans les granites galiciens. Là où personne n’attendait grand-chose.
Fin de La Trinité Viticole. Merci de nous avoir suivis.
🇪🇸 Versión española
Tres países, quince artículos, una serie que termina. Lo que España habrá aportado a La Trinidad Viticola : una lección sobre las viñas viejas, las familias que aguantan, los terroirs que se creían agotados y que se revelan. Y ahora, una pregunta : ¿hacia dónde va el viñedo español ?
🇰 Lo que nos llevamos
España tiene la reputación de ser un viñedo fácil de resumir. Rioja, Tempranillo, Albariño : tres nombres bastan, al parecer.
Esta serie habrá demostrado lo contrario. España es el país donde aún se encuentran viñas centenarias no injertadas en terroirs volcánicos o graníticos que nadie conocía hace veinte años. El país donde familias defienden desde cuatro o cinco generaciones variedades que el resto del mundo ha olvidado. El país donde los trabajos vitícolas más interesantes se hacen a menudo sin presupuesto, en regiones que todavía no tienen nombre internacional.
Priorat, Ribeira Sacra, Sierra de Gredos, las Islas Canarias, Txakoli : lugares que no figuraban en los mapas mundiales del vino hace treinta años y que hoy ocupan en ellos un lugar reconocido.
🌡️ El calentamiento climático : el desafío más agudo de Europa
España figura entre los países europeos más expuestos a los efectos del calentamiento climático. No es una opinión : las proyecciones científicas muestran un agravamiento de los episodios de calor, sequía y estrés hídrico en la península Ibérica. En algunas zonas muy cálidas de La Mancha, el Levante o Extremadura, las maduraciones fuertes pueden conducir a graduaciones alcohólicas naturalmente muy elevadas. La sequía y la aridificación avanzan en varias regiones del Centro y del Sur, agudizando las tensiones sobre el recurso hídrico.
La respuesta española pasa por la altitud. Sierra de Gredos, donde algunas viñas viejas de Garnacha se cultivan entre 800 y 1 200 metros de altitud. Los productores buscan también en las variedades locales olvidadas soluciones : variedades locales seleccionadas y cultivadas desde siglos en entornos exigentes pueden constituir un recurso precioso para la adaptación, especialmente cuando presentan una maduración tardía o una buena tolerancia al estrés hídrico.
Galicia, más húmeda y atlántica, conserva todavía un clima que le permite mantener cierta frescura. Pero el calentamiento ya modifica los equilibrios : el Albariño alcanza más fácilmente maduraciones elevadas y la gestión del agua empieza también a ser un tema. Las Rías Baixas alargan su temporada, el Albariño gana en madurez.
🌿 La agricultura ecológica : España a la cabeza
España es, con mucho, el primer viñedo ecológico de Europa en superficie. En 2023, alrededor de 166 000 hectáreas de viña estaban conducidas en agricultura ecológica, cerca de un quinto del viñedo nacional.
Esta cifra merece un matiz. Abarca en efecto realidades muy diferentes : entre una pequeña explotación familiar comprometida desde hace tiempo con un enfoque ecológico y una gran estructura certificada para responder al mercado, las motivaciones y las prácticas pueden variar considerablemente.
El compromiso entre un productor artesanal de la Sierra de Gredos y una gran cooperativa de Extremadura certificada ecológica es muy diferente.
Pero la tendencia de fondo es real. Una nueva generación de bodegas familiares elige explícitamente la conversión ecológica o biodinámica como filosofía e identidad.
🍷 Los vinos naturales en España : un movimiento en construcción
El movimiento de los vinos naturales tardó en implantarse en España. La cultura vitícola española estaba orientada hacia vinos estabilizados, técnicos, diseñados para resistir los transportes y los stocks.
La generación de los años 2000-2010 lo cambió. Productores como Comando G en Gredos, Partida Creus en Cataluña o Envínate en Canarias y Galicia contribuyeron a popularizar un enfoque de vinificación de baja intervención, fermentaciones espontáneas, uso reducido del azufre e intervenciones limitadas.
Estos vinos encontraron rápidamente un público entre los cavistas, sumilleres e importadores especializados a nivel internacional, antes de ganar progresivamente visibilidad en el mercado español.
Lo que la serie habrá mostrado y lo que queda
Un viñedo que no había dicho su última palabra. Terroirs que se creían agotados que recuperan su sentido. Familias que transmiten contra viento y marea.
El futuro del viñedo español no se construirá desde Madrid. Se construirá en la Sierra de Gredos, en los desfiladeros de la Ribeira Sacra, en los flancos volcánicos de las Canarias, en los granitos gallegos. Allí donde nadie esperaba gran cosa.
Fin de La Trinidad Viticola. Gracias por habernos seguido.
La tradición puede ser un punto de partida. La modernidad, una forma de continuarla.
🇫🇷+🇪🇸 Série · La Trinité Viticole · Article 12/15 · Espagne — français et español sur cette page · ⏱ 5 min
En Espagne, la bodega familiale occupe une place particulière dans le paysage viticole. Des familles cultivent leurs vignes depuis plusieurs générations, certaines sont devenues des références internationales, d’autres travaillent plus discrètement, loin des projecteurs.
Entre transmission, enracinement et volonté d’innover, le vignoble espagnol raconte aussi une histoire de familles.
🏠 La bodega familiale : ce qui la distingue
La bodega familiale espagnole repose avant tout sur une logique de propriété, de transmission et d’ancrage territorial.
Contrairement aux grandes coopératives qui regroupent de nombreux producteurs ou aux groupes vinicoles présents dans plusieurs régions, elle s’organise souvent autour d’un nom, d’une famille et d’un territoire.
Le lien avec la vigne y est généralement très direct. Les générations se succèdent, les parcelles se transmettent, les pratiques évoluent. Les décisions prises aujourd’hui peuvent avoir des conséquences bien au-delà d’une seule récolte.
C’est cette vision du temps long qui constitue peut-être la véritable signature de ces maisons.
🍷 Rioja : les grandes familles du vin
La Rioja a vu naître certaines des grandes dynasties viticoles espagnoles.
Marqués de Murrieta appartient à cette histoire ancienne. Don Luciano de Murrieta y introduit dès le XIXᵉ siècle une approche inspirée du modèle bordelais, contribuant à poser les bases du vin moderne de Rioja.
López de Heredia, fondée à Haro à partir de 1877, représente une autre expression de cette tradition. La maison reste aujourd’hui l’une des rares bodegas familiales historiques de la DOCa Rioja.
Plus récente, Bodegas Muga, fondée en 1932, incarne elle aussi cette continuité familiale. Trois générations de la famille Muga se sont succédé dans la maison, avec une philosophie qui cherche à associer tradition artisanale et ouverture vers l’avenir.
Le Rioja traditionnel reste associé aux élevages prolongés et à l’utilisation du chêne, notamment américain, avec des profils pouvant développer des notes de vanille, de cuir et de fruits évolués.
Mais une autre Rioja s’est développée parallèlement.
Artadi, dont la famille Lacalle y Laorden prend les commandes en 1992, revendique une approche fondée sur l’identité des parcelles et le respect du vignoble. Remírez de Ganuza, fondée en 1989, a de son côté introduit différentes innovations dans la viticulture et la vinification.
Deux visions peuvent donc coexister dans la même appellation : la fidélité aux codes historiques et la recherche d’une expression plus parcellaire et contemporaine.
C’est précisément cette diversité qui rend la Rioja impossible à résumer en une seule phrase.
🌊 Galice : les nouvelles familles de l’Albarino
Les Rías Baixas racontent une autre histoire.
Dans le Val do Salnés, les petites exploitations et le travail familial ont longtemps occupé une place essentielle. La création de la Denominación de Origen Rías Baixas en 1988 a accompagné la professionnalisation et la montée en gamme de la région.
Certaines familles ont joué un rôle déterminant dans cette évolution.
Pazo de Señorans a été acquis en 1979 par Marisol Bueno et Javier Mareque. La famille a ensuite contribué à faire reconnaître le potentiel de garde de l’Albariño et au développement de la nouvelle appellation.
Do Ferreiro, fondée par Gerardo Méndez, est une autre histoire familiale emblématique. La génération suivante a poursuivi le travail autour des vieilles vignes et de l’identité des différents terroirs du Salnés. Certains de ses Albariño sont capables d’évoluer pendant dix ans ou davantage en bouteille.
Zárate pousse encore plus loin cette notion de transmission. La famille cultive ses propres vignobles depuis plusieurs générations et travaille notamment avec des parcelles anciennes. Eulogio Pomares, aujourd’hui à la tête du domaine, représente cette nouvelle génération de viticulteurs galiciens formés à l’extérieur avant de revenir travailler sur le patrimoine familial.
La Galice n’est donc plus seulement associée à des blancs jeunes et aromatiques.
L’Albariño peut aussi être un vin de garde, capable de gagner en complexité et en profondeur avec le temps.
🔴 Ribera del Duero : modernité et tradition
La Ribera del Duero est beaucoup plus récente dans son organisation officielle que la Rioja, la Denominación de Origen ayant été créée en 1982.
Mais son histoire compte déjà quelques noms mythiques.
Vega Sicilia, fondée en 1864, en est l’exemple absolu. La bodega appartient à la famille Álvarez depuis 1982 et reste l’une des grandes références du vin espagnol. Son Único est devenu l’un des grands vins iconiques de la péninsule.
Autour de ce monument, une nouvelle génération de producteurs a contribué à transformer l’image de la région.
Aalto, fondée en 1999 par Mariano García et Javier Zaccagnini, s’est construite autour du Tinto Fino et de vieilles vignes réparties sur plusieurs communes. Les familles Masaveu et Nozaleda ont ensuite rejoint le projet en 2006.
Dominio de Pingus, créé par Peter Sisseck en 1995, appartient davantage à cette génération de projets personnels et de haute précision qu’à la définition classique de la bodega familiale.
Cette distinction est importante : le renouveau espagnol ne vient pas uniquement des familles historiques. Il vient aussi de vignerons qui ont choisi de s’installer dans une région, d’en comprendre les vieilles vignes et d’en proposer une nouvelle lecture.
🆕 La nueva generación : entre héritage et rupture
Partout en Espagne, une même question se pose désormais.
Que faire de l’héritage reçu ?
Certains héritiers choisissent de poursuivre exactement le travail de leurs parents et grands-parents. D’autres reviennent après avoir étudié ou travaillé à Bordeaux, Dijon ou dans d’autres grandes régions viticoles et souhaitent modifier progressivement les pratiques du domaine.
Moins de bois neuf, davantage de travail parcellaire, recherche de fraîcheur, réduction des intrants, retour à certaines méthodes traditionnelles ou expérimentations autour des levures et des fermentations : les pistes sont nombreuses.
Il n’existe pas une seule définition de la modernité.
Pour certaines familles, préserver la tradition est déjà une forme d’innovation. Pour d’autres, faire évoluer les pratiques est la meilleure manière de rester fidèle au terroir.
☀️ Le Sud : les familles oubliées qui reviennent
Le renouveau espagnol ne se limite pas aux grandes appellations historiques.
Dans la Sierra de Gredos, au centre de l’Espagne, de jeunes vignerons et de petites familles redécouvrent de vieilles vignes de Garnacha plantées sur des sols granitiques, souvent à haute altitude.
La région reste caractérisée par une viticulture à petite échelle, avec de nombreuses parcelles de très faible superficie et une nouvelle génération de bodegas familiales travaillant notamment avec de vieilles vignes de Garnacha et d’Albillo Real.
En Andalousie également, certains producteurs cherchent à sortir des représentations traditionnelles du vignoble régional. À côté des grands vins historiques de Jerez et de Montilla-Moriles, de nouveaux projets explorent d’autres expressions du climat, des sols et des cépages andalous.
Les terroirs sont là. Les vieilles vignes aussi.
Il fallait parfois simplement les regarder autrement.
Une philosophie du temps long
Ce qui unit finalement ces bodegas n’est ni leur taille, ni leur prestige, ni même leur style de vin.
C’est leur rapport au temps.
Une vigne que l’on transmet.
Une parcelle que l’on continue de travailler parce que les générations précédentes l’ont fait avant nous.
Une cave construite pour durer.
Des choix réalisés aujourd’hui avec la conviction que leurs conséquences seront visibles dans dix, vingt ou trente ans.
Cette logique n’est pas celle d’un simple investissement.
Elle relève davantage d’un patrimoine vivant.
Et c’est peut-être là que réside la singularité des bodegas familiales espagnoles : elles ne cherchent pas seulement à produire du vin.
Elles cherchent à transmettre une histoire.
🇪🇸 Versión española
Traducción íntegra del artículo francés que aparece más arriba. La versión en inglés está disponible a través del enlace al final de la página.
En España, la bodega familiar ocupa un lugar particular en el paisaje vitícola. Familias que cultivan sus viñas desde varias generaciones, algunas se han convertido en referencias internacionales, otras trabajan con más discreción, lejos de los focos.
Entre transmisión, arraigo y voluntad de innovar, el viñedo español cuenta también una historia de familias.
🏠 La bodega familiar : lo que la distingue
La bodega familiar española se basa ante todo en una lógica de propiedad, transmisión y arraigo territorial.
A diferencia de las grandes cooperativas que reúnen a numerosos productores o de los grupos vinícolas presentes en varias regiones, se organiza a menudo en torno a un nombre, una familia y un territorio.
El vínculo con la viña es generalmente muy directo. Las generaciones se suceden, las parcelas se transmiten, las prácticas evolucionan. Las decisiones tomadas hoy pueden tener consecuencias mucho más allá de una sola cosecha.
Es esta visión del tiempo largo lo que constituye quizás la verdadera firma de estas casas.
🍷 Rioja : las grandes familias del vino
La Rioja ha visto nacer algunas de las grandes dinastías vitícolas españolas.
Marqués de Murrieta pertenece a esta historia antigua. Don Luciano de Murrieta introduce desde el siglo XIX un enfoque inspirado en el modelo bordeés, contribuyendo a sentar las bases del vino moderno de Rioja.
López de Heredia, fundada en Haro a partir de 1877, representa otra expresión de esta tradición. La bodega sigue siendo hoy una de las raras bodegas familiares históricas de la DOCa Rioja.
Más reciente, Bodegas Muga, fundada en 1932, encarna también esta continuidad familiar. Tres generaciones de la familia Muga se han sucedido en la bodega, con una filosofía que busca asociar tradición artesanal y apertura hacia el futuro.
El Rioja tradicional sigue asociado a las crianzas prolongadas y al uso del roble, especialmente americano, con perfiles que pueden desarrollar notas de vainilla, cuero y fruta evolucionada.
Pero otra Rioja se ha desarrollado paralelamente.
Artadi, cuya familia Lacalle y Laorden toma las riendas en 1992, reivindica un enfoque basado en la identidad de las parcelas y el respeto del viñedo. Remírez de Ganuza, fundada en 1989, ha introducido por su parte diferentes innovaciones en la viticultura y la vinificación.
Dos visiones pueden pues coexistir en la misma denominación : la fidelidad a los códigos históricos y la búsqueda de una expresión más parcelaria y contemporánea.
Es precisamente esta diversidad lo que hace a la Rioja imposible de resumir en una sola frase.
🌊 Galicia : las nuevas familias del Albarino
Las Rías Baixas cuentan otra historia.
En el Val do Salnés, las pequeñas explotaciones y el trabajo familiar han ocupado durante mucho tiempo un lugar esencial. La creación de la Denominación de Origen Rías Baixas en 1988 acompañó la profesionalización y la subida de gama de la región.
Algunas familias jugaron un papel determinante en esta evolución.
Pazo de Señorans fue adquirido en 1979 por Marisol Bueno y Javier Mareque. La familia contribuyó después a hacer reconocer el potencial de guarda del Albariño y al desarrollo de la nueva denominación.
Do Ferreiro, fundada por Gerardo Méndez, es otra historia familiar emblématica. La siguiente generación ha continuado el trabajo alrededor de las viñas viejas y de la identidad de los diferentes terroirs del Salnés. Algunos de sus Albariños son capaces de evolucionar durante diez años o más en botella.
Zárate va aún más lejos en esta noción de transmisión. La familia cultiva sus propios viñedos desde varias generaciones y trabaja especialmente con parcelas antiguas. Eulogio Pomares, hoy al frente del dominio, representa esta nueva generación de viticultores gallegos formados fuera antes de volver a trabajar sobre el patrimonio familiar.
Galicia ya no está asociada únicamente a blancos jóvenes y aromáticos.
El Albariño puede ser también un vino de guarda, capaz de ganar en complejidad y profundidad con el tiempo.
🔴 Ribera del Duero : modernidad y tradición
La Ribera del Duero es mucho más reciente en su organización oficial que la Rioja, ya que la Denominación de Origen fue creada en 1982.
Pero su historia ya cuenta algunos nombres míticos.
Vega Sicilia, fundada en 1864, es el ejemplo absoluto. La bodega pertenece a la familia Álvarez desde 1982 y sigue siendo una de las grandes referencias del vino español. Su Único se ha convertido en uno de los grandes vinos icónicos de la península.
Alrededor de este monumento, una nueva generación de productores ha contribuido a transformar la imagen de la región.
Aalto, fundada en 1999 por Mariano García y Javier Zaccagnini, se construyó alrededor del Tinto Fino y de viñas viejas repartidas en varios municipios. Las familias Masaveu y Nozaleda se unieron después al proyecto en 2006.
Dominio de Pingus, creado por Peter Sisseck en 1995, pertenece más a esta generación de proyectos personales y de alta precisión que a la definición clásica de bodega familiar.
Esta distinción es importante : la renovación española no viene únicamente de las familias históricas. Viene también de viticultores que han elegido instalarse en una región, comprender sus viñas viejas y proponer una nueva lectura.
🆕 La nueva generación : entre herencia y ruptura
En toda España, una misma pregunta se plantea ahora.
¿Qué hacer con la herencia recibida?
Algunos herederos eligen continuar exactamente el trabajo de sus padres y abuelos. Otros regresan después de haber estudiado o trabajado en Burdeos, Dijon u otras grandes regiones vitícolas y desean modificar progresivamente las prácticas del dominio.
Menos madera nueva, más trabajo parcelario, búsqueda de frescura, reducción de insumos, vuelta a ciertos métodos tradicionales o experimentaciones alrededor de levaduras y fermentaciones : los caminos son numerosos.
No existe una sola definición de modernidad.
Para algunas familias, preservar la tradición es ya una forma de innovación. Para otras, hacer evolucionar las prácticas es la mejor manera de permanecer fiel al terroir.
☀️ El Sur : las familias olvidadas que regresan
La renovación española no se limita a las grandes denominaciones históricas.
En la Sierra de Gredos, en el centro de España, jóvenes viticultores y pequeñas familias redescubren viñas viejas de Garnacha plantadas en suelos graníticos, a menudo a gran altitud.
La región se caracteriza por una viticultura a pequeña escala, con numerosas parcelas de muy escasa superficie y una nueva generación de bodegas familiares que trabaja especialmente con viñas viejas de Garnacha y Albillo Real.
En Andalucía también, ciertos productores buscan salir de las representaciones tradicionales del viñedo regional. Al lado de los grandes vinos históricos de Jerez y Montilla-Moriles, nuevos proyectos exploran otras expresiones del clima, los suelos y las variedades andaluzas.
Los terroirs están ahí. Las viñas viejas también.
A veces bastaba con mirarlos de otra manera.
Una filosofía del tiempo largo
Lo que une finalmente a estas bodegas no es ni su tamaño, ni su prestigio, ni siquiera su estilo de vino.
Es su relación con el tiempo.
Una viña que se transmite.
Una parcela que se sigue trabajando porque las generaciones anteriores lo hicieron antes que nosotros.
Una bodega construida para durar.
Decisiones tomadas hoy con la convicción de que sus consecuencias serán visibles en diez, veinte o treinta años.
Esta lógica no es la de una simple inversión.
Se acerca más a un patrimonio vivo.
Y es quizás ahí donde reside la singularidad de las bodegas familiares españolas : no buscan simplemente producir vino.
Buscan transmitir una historia.
Una bodega familiar no se mide en botellas producidas. Se mide en generaciones transmitidas.
🇫🇷 Série · La Trinité Viticole · Article 7/15 · France
⏱ 5 min
En France, les cépages ne sont pas de simples variétés de raisin. Ce sont des personnages, chacun avec son caractère, ses terres de prédilection, ses déclinaisons infinies selon le sol et la main du vigneron. Syrah, Grenache, Chenin Blanc, Pinot Noir, Chardonnay, Riesling, Gamay… chacun de ces noms raconte un sol, un climat, une tradition viticole. Et ensemble, ils forment une palette que nulle autre nation ne peut égaler.
Le Pinot Noir est peut-être le cépage le plus difficile à maîtriser au monde — et le plus fascinant. Fine peau, tanins légers, grande sensibilité au terroir : il exprime avec une remarquable précision les différences entre des parcelles parfois séparées de quelques dizaines de mètres. En Bourgogne, il donne des vins d’une finesse, d’une élégance et d’une complexité aromatique (cerise, framboise, fleurs, sous-bois, tabac avec l’âge) qui ont forgé sa réputation mondiale. Mais le Pinot Noir bourguignon ne se résume pas aux grands crus inaccessibles : un Bourgogne villages ou un Côte de Nuits-Villages de vigneron artisanal entre 18 et 30 € peut livrer une expérience remarquable. Il s’épanouit aussi en Alsace, en Champagne et en Savoie.
🟡 Chardonnay — le blanc de tous les terroirs
Le Chardonnay est aujourd’hui le cépage blanc le plus planté au monde et l’un des plus connus, mais c’est en Bourgogne qu’il atteint son expression la plus haute. De la Côte de Beaune (Meursault, Puligny-Montrachet, Chassagne-Montrachet) au Chablis tendu et minéral, du Mâcon-Villages fruité et abordable au Champagne où il constitue la base des Blancs de Blancs, le Chardonnay couvre un spectre de styles vertigineux. Sa discrétion de départ en fait un cépage-caméléon : il prend l’empreinte du terroir et du vinificateur avec une fidélité remarquable. Un Chablis Premier Cru ou un Mâcon-Uchizy de producteur artisanal entre 12 et 22 € — des vins de grande classe à prix raisonnables.
🔴 Cabernet Sauvignon & Merlot — le tandem bordelais
À Bordeaux, on n’assemble pas par hasard. Le Cabernet Sauvignon — structure, tanins fermes, longévité, cassis, cèdre — et le Merlot — rondeur, fruits rouges mûrs, accessibilité plus précoce — se complètent avec une logique qui a défini le style du « grand vin » pour le monde entier. La rive gauche (Médoc, Graves) privilégie le Cabernet Sauvignon sur ses graves bien drainantes. La rive droite (Saint-Émilion, Pomerol) favorise le Merlot sur ses argiles fraîches. Le vrai secret : des centaines de propriétés artisanales produisent des bordeaux d’une qualité croissante à 10–18 €, souvent issus de vieilles vignes sur des terroirs remarquables.
🔴 Syrah — la noblesse du Rhône septentrional
Sur les granites escarpés de la Côte-Rôtie, de l’Hermitage ou de Cornas, la Syrah atteint un niveau d’expression que peu de cépages au monde peuvent égaler : violette, olive noire, poivre blanc, fumée, cuir, réglisse… des vins d’une puissance et d’une profondeur saisissantes, capables de vieillir 20 à 30 ans. Ce qui rend la Syrah rhodanienne unique, une longue histoire viticole, un climat marqué et des terroirs granitiques particulièrement exigeants. Dans les Crozes-Hermitage ou les Saint-Joseph — voisins plus accessibles — des Syrah remarquables se trouvent entre 12 et 20 €. Elle gagne aussi le Languedoc et la Provence, avec des expressions plus souples et fruitées.
🔴 Grenache — la générosité du grand Sud
Originaire d’Espagne (Garnacha), naturalisé français dans le Rhône méridional et le Languedoc, le Grenache est le cépage-soleil. Il trouve à Châteauneuf-du-Pape, sur les terrasses de galets roulés, l’une de ses expressions françaises les plus emblématiques, où il produit des vins d’une générosité, d’une chaleur et d’une complexité épicée remarquables. Mais on le retrouve partout dans le sud de la France : en rosé en Provence, en vin doux naturel (Banyuls, Maury, Rasteau), en Languedoc où de vieilles vignes centenaires donnent souvent les meilleurs rapports qualité/prix du pays. Un Rasteau ou un Gigondas d’un vigneron artisanal à 12–18 € : la générosité du midi à un prix honnête.
🟡 Chenin Blanc — le caméléon de la Loire
Le Chenin Blanc est peut-être l’un des cépages blancs les plus polyvalents de France. Depuis les bords de la Loire, il donne des vins secs d’une tension et d’une minéralité saisissantes (Savennières), des demi-secs frais et complexes (Vouvray), des moelleux d’une richesse aromatique étonnante (Coteaux du Layon, Bonnezeaux) et des pétillants remarquables (Vouvray pétillant, Crémant de Loire). Sa haute acidité naturelle lui permet de vieillir 30, 40, voire 50 ans tout en gardant une fraîcheur intacte. Un Vouvray sec ou un Anjou blanc de vigneron entre 10 et 16 € peut se révéler d’une complexité étonnante avec quelques années de cave.
🟡 Riesling & Gewurztraminer — deux des grands cépages alsaciens
L’Alsace a la particularité d’afficher le nom du cépage sur l’étiquette, et deux d’entre eux dominent. Le Riesling — minéral, tendu, agrumes, notes pétrolées avec l’âge — est l’un des plus grands blancs secs de France, capable d’une longévité exceptionnelle sur les grands terroirs de la route des vins. Le Gewurztraminer, à l’opposé, est flamboyant et opulent : rose, litchi, épices, gingembre. Les deux peuvent aller du sec aux vendanges tardives, jusqu’aux Sélections de Grains Nobles, équivalents des plus grands liquoreux du monde. Des vins d’exception souvent sous-évalués par rapport à leur niveau de qualité.
🔴 Gamay — le mal-aimé qui prend sa revanche
Longtemps cantonné à l’image du Beaujolais Nouveau, le Gamay est aujourd’hui au cœur d’un engouement mondial pour les vins légers, frais et digestes. Sur les granites du Beaujolais, il donne les 10 crus explorés dans l’article précédent. Mais le Gamay pousse aussi en Touraine (Touraine Gamay, frais et fruité), en Auvergne (Côtes d’Auvergne, souvent remarquables à moins de 10 €), en Savoie. Une nouvelle génération de vignerons le vinifie avec une finesse renouvelée, en explorant des extractions plus douces et des élevages parfois plus précis, révélant un cépage capable d’une vraie profondeur.
Les inimitables — ce que ces cépages ont en commun
Ce qui distingue une grande partie des cépages français, y compris certains devenus internationaux comme le Chardonnay, le Cabernet Sauvignon ou le Merlot, c’est leur capacité à produire des expressions profondément différentes selon les territoires. Le Savagnin du Jura, la Mondeuse de Savoie, le Romorantin de la Loire, le Nielluccio corse, le Mourvèdre de Bandol : des cépages que l’on ne peut reproduire nulle part ailleurs avec les mêmes résultats. C’est cette irréductible spécificité — cépage × terroir × tradition — qui fait de la France un pays viticole unique. Non parce que ses vins seraient systématiquement les meilleurs du monde, mais parce qu’ils sont irremplaçables.
Un cépage ne ment pas. Il raconte le sol qui l’a vu naître — si le vigneron sait l’écouter.